LIVRE III, CHAPITRE II
lion; mais observez qu’il ne prit la parole qu’au douzième siècle, et même il déclara plutôt le droit à la liberté que la liberté même. Il ne se permit ni violence ni menaces : rien de ce qui se fait bien ne se fait vite.
Partout où règne une autre religion que la nôtre, l’esclavage est de droit, et partout où cette religion s’affaiblit, la nation devient, en proportion précise, moins susceptible de la liberté générale.
Nous venons de voir l’état social ébranlé jusque dans scs fondements, parce qu’il y avait trop de liberté en Europe, et qu’il n’y avait plus assez de religion. II y aura encore d’autres commotions, et le bon ordre ne sera solidement affermi que lorsque l’esclavage ou la religion sera rétablie.
Le gouvernement seul ne peut gouverner. C’est une maxime qui paraîtra d’autant plus incontestable qu’on la méditera davantage. Il a donc besoin, comme d’un ministre indispensable, ou de l’esclavage qui diminue le nombre des volontés agissantes dans l’État, ou de la force divine qui, par une espèce de greffe spirituelle, détruit l’àpreté naturelle de ces volontés, et les met en état d’agir ensemble sans se nuire.
Le nouveau monde a donné un exemple qui complète la démonstration. Que n’ont pas fait les missionnaires catholiques, c’est-à-dire les envoyés du Pape, pour éteindre la servitude, pour consoler, pour rassainir, pour ennoblir l’espèce humaine dans ces vastes contrées I
Partout où on laissera faire cette puissance, elle opérera les mêmes effets. Mais que les nations qui la méconnaissent ne s’avisent pas, fussent-elles même chrétiennes, d’abolir la servitude, si elle subsiste encore chez elles : une grande calamité politique serait infailliblement la suite de cette aveugle imprudence.
Mais que l’on ne s’imagine pas que l’Église, ou le Pape, c.est tout un', n’ait, dans la guerre déclarée à la
( . Sup., Ut. I, p. 59.
servitude, d’autre vue que le perfectionnement politique de l’homme. Pour cette puissance, il y a quelque chose de plus haut, c’est le perfectionnement de la morale, dont le raffinement politique n’est qu’une simple dérivation. Partout où règne la servitude, il ne saurait y avoir de véritable morale, à cause de l’empire désordonné de l’homme sur la femme. Maîtresse de ses droits et de ses actions, elle n’est déjà que trop faible contre les séductions qui l’environnent de toutes parts. Que sera-ce lorsque sa volonté môme ne peut la défendre? L’idée même de la résistance s’évanouira; le vice deviendra un devoir; et l’homme, graduellement avili par la facilité des plaisirs, ne saura plus s’élever au-dessus des mœurs de l’Asie.
M. Buchanan, que je citais tout à l’heure, et de qui j’emprunte volontiers une nouvelle citation également juste et importante, a fort bien remarqué que dans tous les pays oh le christianisme ne règne jkis, on observe une certaine tendance d la dégradation des femmes '.
Rien n’est plus évidemment vrai : il est possible même d’assigner la raison de cette dégradation, qui ne peut être combattue que par un principe surnaturel. Partout où notre sexe peut commander le vice, il ne saurait y avoir ni véritable morale, ni véritable dignité de mœurs. La femme, qui peut tout sur le cœur de l’homme, lui rend toute la perversité qu’elle en reçoit, et les nations croupissent dans ce cercle vicieux dont il est radicalement impossible qu’elles sortent par leurs propres forces.
Par une opération toute contraire et tout aussi naturelle, le moyen le plus efficace de perfectionner l’homme, c’est d’ennoblir et d’exalter la femme. C’est ce à quoi le christianisme seul travaille sans relâche avec un succès infaillible, susceptible seulement de plus et de moins,
1. Chritlian Researches in Asia, elc., b\j lhe R. Claudius Buchanan, DU. Londres, 1812, p. 56.