‹ Du Pape (volume 2)Chapitre 198 sur 295 · LIVRE III, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE II

suivant le genre et la multiplicité des obstacles qui peuvent contrarier son action. Mais ce pouvoir immense et sacré du christianisme est nul, dès qu’il n’est pas concentré dans une main unique qui l’exerce et le fait valoir. Il en est du christianisme disséminé sur le globe comme d’une nation qui n’a d’existence, d’action, de pouvoir, de considération et de nom môme, qu’en vertu de la souveraineté qui la représente et lui donne une personnalité morale parmi les peuples.

La femme est plus que l’homme redevable au christianisme. C’est de lui qu’elle tient toute sa dignité. La femme chrétienne est vraiment un être surnaturel, puisqu’elle est soulevée et maintenue par lui jusqu’à un état qui ne lui est pas naturel. Mais par quels services immenses elle paye cette espèce d’ennoblissement!

Ainsi le genre humain est naturellement en grande partie serf, et ne peut être tiré de cet état que surnaturellement. Avec la servitude, point de morale proprement dite; sans le christianisme, point de liberté générale; et sans le Pape, point de véritable christianisme, c’està-dire point de christianisme opérateur, puissant, convertissant, régénérant, conquérant, perfectilisant. C’était donc au Souverain Pontife qu’il appartenait de proclamer la liberté universelle : il l’a fait, et sa voix a retenti dans tout l’univers. Lui seul rendit cette liberté possible en sa qualité de chef unique de cette religion seule capable d’assouplir les volontés, et qui ne pouvait déployer toute sa puissance que par lui. Aujourd’hui il faudrait être aveugle pour ne pas voir que toutes les souverainetés s’affaiblissent en Europe. Elles perdent de tous côtés la confiance et l’amour. Les sectes et l’esprit particulier se multiplient d’une manière effrayante. Il faut purifier les volontés ou les enchaîner; il n'y a pas de milieu. Les princes dissidents qui ont la servitude chez eux la. conserveront, ou périront. Les autres seront ramenés à la servitude ou à l’unité...

Mais qui me répond que je vivrai demain? Je veux

donc écrire aujourd’hui une pensée qui me vient au sujet de l’esclavage, dussé-je même sortir de mon sujet, ce que je ne crois pas cependant.

Qu’esUce que l’état religieux dans les contrées catholiques? C’est l’esclavage ennobli. A l’institution antique, utile en elle même sous de nombreux rapports, cet état ajoute une foule d’avantages particuliers, et la sépare de tous les abus. Au lieu d’avilir l’homme, le vœu de religion le sanctifie. Au lieu de l’asservir aux vices d’autrui, il l’en affranchit. En le soumettant à une personne de choix , il le déclare libre envers les autres , avec qui il n’aura plus rien à démêler.

Toutes les fois qu’on peut amortir des volontés sans dégrader les sujets, on rend à la société un service sans prix, en déchargeant le gouvernement du soin de surveiller ces hommes, de les employer et surtout de les payer. Jamais il n’y eut d’idée plus heureuse que celle de réunir des citoyens pacifiques qui travaillent, prient, étudient, écrivent, font l’aumône, cultivent la terre, et ne demandent rien à l’autorité.

Cette vérité est particulièrement sensible dans ce moment, où de tous côtés tous les hommes tombent en foule sur les bras du gouvernement, qui ne sait qu’en faire.

Une jeunesse impétueuse, innombrable, libre pour son malheur, avide de distinctions et de richesses, se précipite par essaims dans la carrière des emplois. Toutes les professions imaginables ont quatre ou cinq fois plus de candidats qu’il ne leur en faudrait. Vous ne trouverez pas un bureau en Europe où le nombre des employés n’ait triplé ou quadruplé depuis cinquante ans. On dit que les affaires ont augmenté ; mais ce sont les hommes qui créent les affaires, et trop d’hommes s’en mêlent. Tous à la fois s’élancent vers le pouvoir et les fonctions ; ils forcent toutes les portes, et nécessitent la création de nouvelles places ; il y a trop de liberté, trop de mouvement, trop de volontés déchaî-

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