LIVRE III, CHAPITRE HT
La loi dans l’Inde exclut de la succession de ses collatéraux le fils issu du raariage'd’une veuve. Chez les Hottentots, la femme qui se remarie est obligée de se couper un doigt.
Chez les Romains, même honneur à la viduilé, môme défaveur sur les secondes noces, après même que- les anciennes mœurs avaient presque entièrement disparu. Nous voyons la veuve d’un empereur, recherchée par un autre, déclarer quï/ serait sans exemple et sans excuse qu’une femme de son nom et de son rang essayât d’un second mariage 1.
La Chine pense comme Rome. On y vénère l’honorable viduité, au point qu’on y rencontre une foule d’arcs de triomphe élevés pour conserver la mémoire des femmes qui étaient restées veuves * .
L’estimable voyageur qui nous instruit de cet usage se répand ensuite en réflexions philosophiques sur ce qui lui paraît une grande contradiction de l’esprit humain : « Comment se fait-il (ce sont ses paroles) que les Chi- « nois, qui regardent comme un malheur de mourir « sans postérité, honorent en même temps le célibat « des femmes? Comment concilier des idées aussi inn compatibles? Mais tels sont les hommes, etc. »
Hélas ! il nous récite les litanies du dix-huitième siècle ; difficilement on échappe à cette sorte de séduction. II n’est pas du tout question ici des contradictions humaines, car il n’y en a point du tout. Les nations qui favorisent la population et qui honorent la continence sont parfaitement d’accord avec elles-mêmes et avec le bon sens.
Mais en faisant abstraction du problème de la popu-
1. Il s’agit ici de Valérie, -veuve de Maximien, que Maximin voulait épouser. Elle répondit : Nefas esse illius nominis ac loti feminam sine more, sine exempta, maritum atlTum experiri . (Lact., De Morte perscc.. cap. xxxix.) Il serait fort inutile de lire : C'était un prétexte, puisque le prétexte même eut été pris daos les mœurs et dans l’opinion. Or il s'agit précisément des mœurs et de l'opinion.
i. U. de Guignes, Voyage à Pékin, t. Il, p. 183.
DU PAPK.
lation, qui a cessé d’étre un problème, je reviens au dogme éternel du genre humain, que rien nest plus agréable à la Divinité que la continence ; et que non-seulement toute fonction sacerdotale comme nous avons vu, mais tout sacrifice , toute prière, tout acte religieux exigeait des préparations plus ou moins confoi-mes à cette vertu. Telle était l’opinion universelle de l’ancien monde. Les navigateurs du quinzième siècle ayant doublé l’univers, s’il est permis de s’exprimer ainsi, nous trouvâmes les mômes opinions sur le nouvel hémisphère. Une idée commune à des nations si différentes, et qui n’ont jamais eu aucun point de contact, n’est-elle pas naturelle? n’appartient-elle pas nécessairement à l’essence spirituelle qui nous constitue ce que nous sommes? Où donc tous les hommes l’auraient-ils prise, si elle n’était pas innée ' ?
Et cette théorie paraîtra d’autant plus divine dans son principe, qu'elle contraste d’une manière plus frappante avec la morale pratique de l’antiquité corrompue jusqu’à l’excès, et qui entraînait l’homme dans tous les genres de désordres, sans avoir jamais pu effacer de son esprit des lois écrites en lettres divines *.
Un savant géographe anglais a dit, au sujet des mœurs orientales : On fait peu de cas de la chasteté dans le pays des Orientaux ’. Or ces mœurs orientales sont précisément les mœurs antiques, et seront éternellement les mœurs de tout pays non chrétien. Ceux qui les ont étudiées dans les auteurs classiques, et dans certains monuments de l’art qui nous restent, trouveront qu’il n’y a pas d’exagération dans cette assertion de Feller , qu’tm demi-siècle de paganisme présente infiniment plus d’excès énormes qu’on n'en trouverait dans toutes les monar-