LIVRE Itl, CtiÀPtTRE lit
Non-seulement les vices de la femme réfléchissent une grande défaveur sur le caractère du prêtre marié, mais celui-ci à son tour n’échappe point au danger commun à tous les hommes qui se trouvent dans le mariage, celui de vivre criminellement. La foule des raisonneurs qui ont traité cette grande question du célibat ecclésiastique part toujours de ce grand sophisme, que le mariage est un état de pureté, tandis qu’il n’est pur que pour les purs. Combien y a-t-il de mariages irréprochables devant Dieu? Infiniment peu. L’homme irréprochable aux yeux du monde peut être infâme à l’autel. Si la faiblesse ou la perversité humaine établit une tolérance de convention à l’égard de certains abus, cette tolérance, qui est elle-même un abus, n’est jamais faite pour le prêtre, parce que la conscience universelle ne cesse de la comparer au type sacerdotal qu’elle contemple en elle-même ; de sorte qu’elle ne pardonne rien à la copie, pour peu qu’elle s’éloigne du modèle.
Il y a dans le christianisme des choses si hautes, si sublimes, il y a entre le prêtre et ses ouailles des relations si saintes, si délicates, qu’elles ne peuvent appartenir qu’à des hommes absolument supérieursauxautres. La confession seule exige le célibat. Jamais les femmes, qu’il faut particulièrement considérer sur ce point, n’accorderont une conflance entière au prêtre marié ; mais il n’est pas aisé d’écrire sur ce sujet.
Les Églises si malheureusement séparées du centre n’ont pas manqué de conscience, mais de force, en permettant le mariage des prêtres. Elles s’accusent ellesmêmes, en exceptant les évêques, et en refusant de consacrer les prêtres avant qu’ils soient mariés.
Elles conviennent ainsi de la règle, que nul prêtre ne peut se marier; mais elles admettent que, par tolérance et faute de sujets, un laïque marié ne peut être ordonné. Par un sophisme qui ne choque plus l’habitude, au lieu d’ordonner un candidat, quoique marié, elles le marient pour l'ordonner, de manière qu’en
violant la règle antique, elles la confessent expressément.
Pour connaître les suites de celte fatale discipline, il faut avoir été appelé à les examiner de près. L’abjection du sacerdoce, dans les contrées qu’elle régit, ne peut Être comprise par celui qui n’en a pas été témoin. De Tott , dans ses Mémoires , n’a rien dit de trop sur ce point. Qui pourrait croire que dans un pays où l’on vous soutient gravement l’excellence du mariage des prêtres, l’épithète de fils de prêtre est une injure formelle? Des détails sur cet article piqueraient la curiosité, et seraient môme utiles sous un certain rapport; mais il en coûte d’amuser la malice et d’aflliger un ordre malheureux, qui renferme, quoique tout soit contre lui, des hommes très-estimables, autant qu’il est possible d’en juger à la distance où l’inexorable opinion les tient de toute société distinguée.
Cherchant toujours, autant que je le puis, mes armes dans les camps ennemis, je ne passerai point sous silence le témoignage frappant du môme prélat russe que j’ai cité plus haut. On verra ce qu’il pensait de la discipline de son Église sur le point du célibat. Son livre, déjà recommandé par le nom de son auteur, étant sorti des presses mômes du saint synode , ce témoignage a tout le poids qu’il est possible d’en attendre.
Après avoir repoussé, dans le premier chapitre de ses Prolégomènes, une attaque indécente de Mosheim contre le célibat ecclésiastique, l’archevôque de Twer continue en ces termes :
« Je crois donc que le mariage n’a jamais été permis « aux docteurs de l’Église (les prêtres), excepté dans « les cas de nécessité et de grande nécessité ; lorsque, « par exemple, les sujets qui se présentent pour rem- « plir ces fonctions, n’ayant pas la force de s’interdire « le mariage qu’ils désirent, on n’en trouve point de meil- « leurs et de plus dignes qu’eux; en sorte que l Église, « après que ces incontinents ont pris des femmes, les