LIVRE III, CHAPITRE III
« rarchie catholique, les })rêtres protestants se sont défi faits bien vite de toute apparence religieuse, et se sont « tous mis très-humblement aux pieds de l’autorité ternie porelle... Parce que la vocation des prêtres protestants « n’était nullement de gouverner l’État, il n’aurait pas « fallu en conclure que c’étart à l’État de gouverner l’É-
<t glise' Les récompenses que l’État accorde auxec-
« clésiastiques les ont rendus tout à fait séculiers.... « Avec leurs habits sacerdotaux, ils ont dépouillé le ca- « ractère spirituel... L’État a fait son métier, et tout le « mal doit être mis sur le compte du clergé protestant. « Il est devenu frivole.... Les prêtres n’ont bientôt plus « fait que leur devoir de citoyens... L’État ne les prend « plus que pour des officiers de police... Il ne les estime « guère, et ne les place que dans la dernière classe de « ses officiers... Dès que la religion devient la servante « de l’État, il est permis de la regarder, dans cet abais- « sement, comme l’ouvrage des hommes, et môme « comme une fourberie2. C’est de nos jours seulement « qu’on a pu voir l’industrie, la diète, la politique, l’é-
« conomie rurale et la police entrer dans la chaire
« Le prêtre doit croire qu’il remplit sa destinée et tous « ses devoirs en faisant lecture en chaire des ordon- « nances de la police. Il doit dans ses sermons publier « des recettes contre les épizooties, montrer la néces- « sité de la vaccination, et prêcher sur la manière de « prolonger la vie humaine. Comment donc s’y prendra-
prendre un parti ; car ai le sacerdoce est avili par la hiérarchie et par la suppression de la hiérarchie, il est clair que Dieu n’a pas su faire uu sacerdoce, ce qui me paraît un peu fort.
1. Nulle part l’État ne gouverne l’Eolise; mais toujours et partout R gouvernera justement ceui qui, s’étant mis hors de ['Eglise, osent cependant s'appeler l’Eglise. 11 faut choisir entre la hiérarchie catholique et la suprématie civile, il n’y a point de milieu. Et qui oserait blâmer des souverains qui établissent l’unité civile partout où ils n’en trouvent pas d’autre* Que ce clergé séparé,, qui ne se plaint que de lui-même, reutre doue dans l’unité légitime, et tout de suite il remontera comme par enchantement à ce haut degré de dignité dont lui- même se reconnaît déchu. Avec quelle bienveillance, avec quelle allégresse nous l’y reporterions de nos propres mains ! Notre respect les attend.
t . Voilé précisément ce que je disais tout à l’heure ; et c'est un sujet inépuifab.c d'utiics telle uuus.
« t-il après cela pour détacher les hommes des choses « temporelles et périssables, tandis qu’il s’efforce lui- « môme, avec la sanction du gouvernement, d’attacher « les hommes aux galères de la vie '?»
En voilà plus que je n’aurais osé en dire d’après mes propres observations; car il m’en coûte beaucoup d’écrire, même en récriminant, une seule ligne désobligeante; mais je crois que c’est un devoir de montrer l’opinion dans tout son jour. J’honore sincèrement les ministres du saint Évangile, qui portent certainement un très-beau titre. Je sais même qu’un prêtre n’est rien s’il n’est pas ministre du saint Évangile; mais celui-ci à son tour n’est rien s’il n’est pas prêtre. Qu’il écoute donc sans aigreur la vérité qui lui est dite non pas seulement sans aigreur, mais avec amour : Tout corps enseignant , des qu'il n’est plus permis de croire à sa bonne foi , tombe nécessairement dans l'opinion même de son propre parti ; et le dédain, la défiance, l’éloignement, augmentent en raison directe. Si l’ecclésiastique protestant est plus considéré et moins étranger à la société que le clergé des Églises seulement schismatiques, c’est qu’il est moins prêtre; la dégradation- étant toujours proportionnelle à l’intensité du caractère sacerdotal.
Il ne s’agit donc pas de se louer vainement soi-même, ou de se préférer encore plus vainement à d’autres; il faut entendre la vérité et lui rendre hommage.
Rousseau n’écrivait-il pas à une dame française ; « J’aime naturellement votre clergé autant que je hais « le nôtre. J’ai beaucoup d’amis parmi le clergé de « France, etc. *. »
Il est encore plus aimable dans ses Lettres de la Montagne, où il nous fait confidence « que les ministres ne
1. Sur le rr ai caractère du prêtre évangélique, par le professeur Marheijjexe, à Heidelberg, imprimé dans le Musee patriotique des Allemands, à Hambourg. Je n’ai pu lire qu’une traduction française de cet ouvrage, en janvier 1 S 1 ï ; mais elle m’a été donnée pour très-fidèle par un homme que je dois croire très-fidèle.