‹ Du Pape (volume 2)Chapitre 234 sur 295 · LIVRE m, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE V

gne, au contraire, elle règne parce qu’elle est royale.

Dans nos jugements sur les souverains, nous sommes trop sujets à commettre une faute impardonnable eu fixant nos regards sur quelques points tristes de leurs caractères ou de leurs vies. Nous disons en nous rengorgeant : Voilà comme sont faits les rois I il faudrait dire : Qu'est-ce que je serais, moi, si quelque force révolutionnaire avait porté seulement mon troisième ou quatrième aïeul sur le trône ? Un furieux, un imbécile dont il faudrait se défaire à tout prix.

Infortunés stylites, les rois sont condamnés par la Providence à passer leur vie sur le haut d’une colonne, sans pouvoir jamais en descendre. Ils ne peuvent donc voir aussi bien que nous ce qui se passe en bas; mais, en revanche, ils voient de plus loin. Ils ont un certain tact intérieur, un certain instinct qui les conduit souvent mieux que le raisonnement de ceux qui les entourent. Je suis si persuadé de cette vérité, que, dans toutes les choses douteuses, je me ferai toujours une difficulté, une conscience môme, s’il faut parler clair, de contredire trop fortement, môme de la manière permise, la volonté d’un souverain. Après qu’on leur a dit la vérité, comme on le doit, il ne faut plus que les laisser faire et les aider.

Nous comparons tous les jours un prince à un particulier; quel sophisme ! Il y a des inconvénients qui tiennent à la position des souverains, et qui par conséquent doivent être tenus pour nuis. Il faut donc comparer une famille régnante à une famille particulière qui régnerait , et qui serait en conséquence soumise aux mômes inconvénients. Or, dans cette supposition, il n’y a pas le moindre doute sur la supériorité de la première, ou, pour mieux dire, sur l’incapacité de la seconde; car la famille non royale ne régnera jamais '.

1. La souveraineté légitime peut être imitée pendant quelque temps : elle est susceptible aussi de plus ou de moins; et ceux qui ont beaucoup réfléchi sur ce

Il ne faudrait donc pas s’étonner de trouver dans une famille royale plus de vie commune que dans toute autre. Mais ceci me conduit à Pexposilion de l’un des plus grands oracles prononcés dans les saintes Écritures :

Page 1