LIVRE IV, CHAPITRE V
Celui qui n’accorderait aucune valeur à cette observation aurait peu médité le premier chapitre de la métaphysique première, celui des noms.
C’est une chose bien remarquable, que tout chrétien étant obligé de confesser, dans le Symbole, qu’iï croit « V Eglise catholique, néanmoins aucune Église dissidente n’a jamais osé se parer de ce titre et se nommer catholique, quoiqu'il n’y eût rien de si aisé que de dire : C’est nous qui sommes catholiques , et que la vérité d’ailleurs tienne évidemment à cette qualité de catholique. Mais dans cette occasion, comme dans mille autres, tous les calculs de l’ambition et de la politique cédaient à l’invincible conscience. Aucun novateur n’osa jamais usurper le nom de 1 'Église; soit qu’aucun d’eux n’ait réfléchi qu’il se condamnait en changeant de nom, soit que tous aient senti, quoique d’une manière obscure, l’absolue impossibilité d’une telle usurpation. Semblable à ce livre unique dont elle est la seule dépositaire et la seule interprète légitime, l’Église catholique est revêtue d’un caractère si grand, si frappant , si parfaitement inimitable', que personne ne songera jamais à lui disputer son nom, contre la conscience de l’univers.
Si donc un homme appartenant à l’une de ces Églises dissidentes prend la plume contre I’Église, il doit être arrêté au titre même de son ouvrage. Il faut lui dire : Qui êtes-vous 1 comment vous appelez-vous ? d’où venez-vous? pour qui parlez-vous ? — Pour l’Eglise, direzvous. — Quelle Église ? celle de Constantinople, deSmyme, de Bukharest, de Corfou, etc.? Aucune Église ne peut être entendue contre /'Église, pas plus que le représentant d’une province particulière contre une assemblée nationale présidée par le souverain. Vous êtes justement condamné avant cf être entendu : vous avez tort sans aucun examen, parce que vous êtes isolé. — « Je parle, dira-t-il peut-être, pour tou- « tes les Églises que vous nommez, et pour toutes cel-
i. On connaît ces «pressions de Rousseau, à propos de l'Évangile.
« les qui suivent la môme foi. » — Dans ce cas , montrez vos mandats. Si vous nen avez que de spéciaux , la même difficulté subsiste; vous représentez bien plusieurs Eglises, mais non /'Église. l o«s parlez pour des provinces : /'État ne jteut vous entendre. Si vous prétendez agir sur toutes en vertu d'un mandat d'unité, nommez cette unité; faites-nous connaître le point central qui la constitue, et dites son nom , qui doit être tel que l’oreille du genre humain le reconnaisse sans balancer. Si mus ne pouvez nommer ce point central, il ne vous resté pas même le refuge de vous appeler république chrétienne ; car il ny a point de république qui n’ait un Conseil commun, un sénat, des chefs quelconques qui représentent et gouvernent l’association Rien de tout cela ne se trouve chez vous, et par conséquent vous ne possédez au* ctine esftèce d' unité , de hiérarchie et d’association commune ; aucun de vous na le droit de prendre la parole au nom de tous, Fous croyez être un édifice, vous n* êtes que des pierres.
Nous sommes un peu loin, comme on voit, d’agiter ensemble des questions de dogme ou de discipline. Il s’agit avaht tout, de la part de nos plus anciens adver* saires, de se légitimer, et de nous dire Ce qu’ils sont. Tant qu’ils ne nous ont pas prouvé qü’ils sont I’Église, ils ont tort avant d’avoir parlé; et pour nous prouver qu’ils sont I’Église, il faut qu’ils montrent un centre d’u* nilé visible pour tous les yeux, et portant un nom à la fois positif et exclusif, admis par toutes les oreilles et par tous les partis»
Je résiste au mouvement qui m’entraînerait dans la polémique : les principes me suffisent; lès voici î
i. Ceci est de la plus haute importance. Mille fois on a pu entendre demander en certain pays : Poufq uoi l’tCglise ne pourrait-elle pas être presbytérienne ou collégiale? J'accorde qu'elle puisse l'étre, quoique le contraire soit demontfèj ii faut, au moius, nous la niuutrer telle avant de demander si elle est légitime sôus cette forme, toute république possède l’unité soüVfefainfc, comme toute autre forme de gouvernement. Que les Eglises photiennes soleul doue ce qu'elles voudront, pourvu qu'elles soient quelque chose. Qu'elles nous iudiqueut une hiérarchie générale, un synode, un conseil, un sénat, comme elles voudront, dont ellea déclarent relever toutes; alors nous Imiterons la question de savoir *f l'Eglise universelle peu < être une république ou un collège. Jusqu’à cette époque, ellea sont nulles dune le sens univeriei.
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1° Le Souverain Pontife est la base nécessaire, unique et exclusive du christianisme. À lui appartiennent les promesses, avec lui disparaît l’unité, c’est-à-dire l’Église.
2° Toute Église qui n’est pas catholique est protestante. Le principe étant le même de tout côté, c’est-àdire une insurrection contre l’unité souveraine , toutes les Églises dissidentes ne peuvent différer que par le nombre des dogmes rejetés.
3° La suprématie du Pape étant le dogme capital sans lequel le christianisme ne peut subsister, toutes les Églises qui rejettent ce dogme, dont elles se cachent , l’importance, sont d’accord, môme sans le savoir : tout le reste n’est qu’accessoire , et de là vient leur affinité, dont elles ignorent la cause.
4° Le premier symptôme de la nullité qui frappe ces Églises, c’est celui de perdre subitement et à la fois le pouvoir et le vouloir de convertir les hommes et d’avancer l’œuVre divine. Elles ne font plus de conquêtes, et même elles affectent de les dédaigner. Elles sont stériles, et rien n’est plus juste : elles ont rejeté l’époux '.
8® Aucune d’elles ne peut maintenir dans son intégrité le Symbole qu’elle possédait au moment de la scission. La foi ne leur appartient plus. L’habitude, l’orgueil, l’obstination, peuvent se mettre à Ba place et tromper des yeux inexpérimentés; le despotisme d’une puissance hétérogène qui préserve ces Eglises de tout contact étranger, l’ignorance et la barbarie qui en sont la suite, peuvent encore pour quelque temps les maintenir dans un état de roideur qui représente au moins quelques formes de la vie ; mais, enfin, nos langues et nos sciences les pénétreront, et nous les verrons parcourir, avec un mouvement accéléré, toutes les phases de dissolution que le protestantisme calviniste et luthérien a déjà mises Sous nos yeux2.
t. Nous les atbtiS ifièrae entendues 6ê vanter de celte stérilfté.
i. Tout ceci est dit sans prétendre affirmer que l'ouvrage n'est pas com-
6° Dans toutes ces Églises , les grands changements que j’annonce commenceront par le clergé; et celle qui sera la première à donner ce grand et intéressant spectacle, c’est l’Église russe, parce qu’elle est la plus exposée au vent européen
Je n’écris point pour disputer; je respecte tout ce qui est respectable, les souverains surtout et les nations. Je ne hais que la haine. Mais je dis ce qui est, je dis ce qui sera, je dis ce qui doit être; et si les événements contrarient ce que j’avance, j’appelle de tout mon cœur sur ma mémoire les mépris et les risées de la postérité.