CHAPITRE X
Éclaircissement d’un paralogisme photien. — Avantage prétendu des Églises, tiré de l’antériorité chronologique.
L’esprit de division et d’opposition que les circonstances ont naturalisé en Grèce depuis tant de siècles y a jeté de si profondes racines, que les peuples de cette belle contrée ont fini par perdre jusqu’à l’idée même de l’unité. Ils la voient où elle n’est pas; ils ne la voient pas où elle est : souvent même leur vue se trouble, et ils ne savent plus de quoi ils parlent. Ils ont exporté en Russie un de leurs grands paralogismes, qui fait aujourd’hui un effet merveilleux dans les cercles de ce grand pays. On y dit assez communément que l’Eglise grecque est plus ancienne que la romaine. On ajoute même, en style métaphysique, (que la première fut le berceau du christianisme. Mais que veulent-ils dire? Je sais que le Sauveur des hommes est né à Bethléem, et si l’on veut que son berceau ait été celui du christianisme, il n’y a rien de si rigoureusement vrai. On aura raison encore si l’on voit le berceau du christianisme à Jérusalem, et dans le Cénacle, d’où partit, le jour de la Pentecôte, ce feu qui éclaire, qui échauffe et qui purifie '. Dans ce sens, l’Église de Jérusalem est incontestablement la première, et saint Jacques, en sa qualité d’évêque, est antérieur à saint Pierre de tout le temps nécessaire pour parcourir la route qui sépare Jérusalem d’Antioche ou de Rome. Mais ce n’est pas de quoi il est question du tout. Quand est-ce donc qu’on voudra comprendre qu’il ne s’agit point entre nous des Eglises, mais de l’Église? On ne saurait comparer deux Églises catholiques, puisqu’il ne saurait y en avoir deux, et que l’une exclut l’autre lo-