‹ Du Pape (volume 2)Chapitre 281 sur 295 · LIVRE IV, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE X

tant, c’est-à-dire qu’elles sont unies par la foi ; quoique l’identité de législation ne puisse constituer l’unité d’aucun gouvernement, laquelle ne peut exister partout où ne se trouve pas la hiérarchie d’autorité.

Ainsi, par exemple, toutes les provinces de Franco sont des parties de la France, parce qu’elles sont toutes réunies sous une autorité commune ; mais si quelquesunes rejetaient cette suprématie commune, elles deviendraient des États séparés et indépendants, et nul homme de sens ne tolérerait l’assertion qu'elles font toujours portion du royaume de F rance , parce qu'elles ont conservé la même langue et la même législation.

Les Églises photiennes ont précisément et identiquement la même prétention : elles veulent être portion du royaume catholique , après avoir abdiqué la puissance commune. Que si on les somme de nommer la puissance qu le tribunal commun qui constitue l’unité, elles répondent qu’i/ n’y en a point ; et si on les presse encore en leur demandant comment il est possible qu'une puissance quelconque n’ait pas un tribunal cotnmun pour toutes ses provinces, elles répondent que ce tribunal est inutile, parce quil a tout décidé dans ses six premières sessions, et qu 'ainsi il ne doit plus s'assemblei\ A ces prodiges de déraison elles en ajouteront d’autres, si votre logique continue à les harceler. Tel est l’orgueil, mais surtout tel est l’orgueil national ; jamais on ne le vit avoir honte ou seulement peur de lui-même.

Toutes ces Églises séparées se condamnent chaque ' jour en disant : Je crois à l'Église une et universelle, car il faut absolument qu’à cette profession de droit elles en substituent une autre de fait, qui dit : Je crois aux Églises une et universelle. C’est le solécisme le plus ?évoltant dont l’oreille humaine ait jamais été affligée.

Et ce solécisme, il faut bien le remarquer, ne peut nous être renvoyé. C’est en vain qu’on nous dirait : Séparés de nous, ne prétendez-vous pas à l‘unité? séparés de vous ; pourquoi n’aurions-nous pas la même prétention ?

II n’y a point de comparaison du tout ; car Yunité est chez nous : c’est un fait sur lequel personne ne dispute. Toute la question roule sur la légitimité, la puissance et l’étendue de cette unité. Chez les photiens, au contraire, comme chez les autres protestants, il n’y a point d’unité; en sorte qu’il ne peut être question de savoir si nous devons nous assujettir à un tribunal qui n’existe pas. Ainsi l’argument ne tombe que sur ces Églises, et ne saurait être rétorqué.

La suprématie du Souverain Pontife est si claire, si incontestable , si universellement reconnue , qu’au temps de la grande scission, parmi ceux qui se révoltèrent contre sa puissance , nul n’osa l’usurper et pas môme l’auteur du schisme. Iis nièrent bien que l’évéque de Rome fût le chef de l’Église, mais aucun d’eux ne fut assez hardi pour dire \Je le suis; en sorte que chaque Église demeura seule et acéphale, ou, ce qui revient au môme, hors de l’unité et du catholicisme.

Photius avait osé s’appeler Patriarche œcuménique, titre qui ne pouvait se montrer que dans la folle Byzance. L’Église vit-elle jamais les évêques d’un seul patriarcat s’assembler et se nommer concile œcuménique ? ce délire cependant n’aurait pas différé de l’autre. Pour ne pas blesser la logique autant que les canons, Photius n’avait qu’à s’attribuer sur tous ses complices cette même juridiction qu’il osait disputer au Pontife légitime; mais la conscience des hommes était plus forte que son ambition. Il s’en tint à la révolte, et n’osa ou ne put jamais s’élever jusqu’à l’usurpation.

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