‹ Du Pape (volume 2)Chapitre 282 sur 295 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Que faut-il attendre des Grecs. — Conclusion de ce livre.

Plusieurs relations nous ont fait connaître vaguement une fermentation précieuse excitée dans la Grèce moderne. On nous parle d’un nouvel esprit, d’un enthousiasme ardent pour la gloire nationale, d’efforts remarquables faits pour le perfectionnement de la langue vulgaire, qu’on voudrait rapprocher de sa brillante origine. Le zèle étranger, s’alliant au zèle patriotique, est sur le point de montrer au monde une académie athénienne, etc.

Sur la foi de ces relations, on pourrait croire à la régénération d’une nation jadis si célèbre, quoique l’institution et la régénération des nations par le moyen des académies, et même en général par le moyen des sciences, soient incontestablement ce qu’on peut imaginer de plus contraire à toutes les lois divines. Cependant j’accepte l’augure avec transport, et tous mes vœux appellent le succès de si nobles efforts ; mais, je suis forcé de l’avouer, plusieurs considérations m’alarment encore et me font douter malgré moi. Souvent j’ai entretenu des hommes qui avaient vécu longtemps en Grèce, et qui en avaient particulièrement étudié les habitants. Je les ai trouvés tous d’accord sur ce point, c’est que jamais il ne sera possible d’établir une souveraineté grecque. Il y a dans le caractère grec quelque chose d’inexplicable qui s’oppose à toute grande association, à toute organisation indépendante, et c’est la première chose qu’un étranger voit s’il a des yeux. Je souhaite de tout mon cœur qu’on m’ait trompé, mais trop de raisons parlent pour la vérité de cette opinion. D’abord elle est fondée sur le caractère éternel de cette nation qui est née divisée , s’il est permis de s’exprimer ainsi. Cicéron,

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qui notait séparé que par trois ou quatre siècles des beaux jours de la Grèce, ne lui accordait plus cependant que des talents et de l’esprit : que pouvons-nous en attendre aujourd’hui, que vingt siècles ont passé sur ce peuple infortuné sans lui laisser seulement apercevoir le jour de la liberté? L’effroyable servitude qui pèse sur lui depuis quatre siècles n’a-t-elle pas éteint dans l’âme des Grecs jusqu’à l’idée môme de l’indépendance et de la souveraineté? Qui ne connait l’action déplorable du despotisme sur le caractère d’une nation asservie ? Et quel despotisme encore ! Aucun peuple peut-être n’eu éprouva de semblable. Il n’y a en Grèce aucun point de contact, aucun amalgame possible entre le maître et l’esclave. Les Turcs sont aujourd’hui ce qu’ils étaient au milieu du quinzième siècle, des Tartares campés en Europe. Rien ne peut les rapprocher du peuple subjugué, que rien ne peut rapprocher d’eux. Là, deux lois ennemies se contemplent en rugissant; elles pourraient se toucher pendant l’éternité, sans pouvoir jamais s’aimer. Entre elles point de traité, point d’accommodement, point de transaction possibles. L’une ne peut rien accorder à l’autre, et ce sentiment même qui rapproche tout ne peut rien sur elles. l)e part et d’autre les deux sexes n’osent se regarder, ou se regardent en tremblant, comme des êtres d’une nature ennemie que leCréateUra séparés pour jamais. Entre eux est le sacrilège et le dernier supplice. On dirait que Mahomet II estenlré hier dans la Grèce et que le droit de conquête y sévit encore dans sa rigueur primitive. Placé entre le cimeterre et le bâton du pacha, le Grec ose à peine respirer s il n’est sûr rie rien, pas môme de la femme qu’il vient d’épouser. II cache son trésor, il cache ses enfants, H cache jusqu’à la façade de sa maison, si elle peut dire le secret de sa richesse. Il s’endurcit à l’insulte et aux tourments. Il sait combien il peut supporter de coups sans déceler l’or qu’il a caché. Quel a dû être le résultat de ce traitement sur le caractère d’un peuple écrasé, chez qui l’enfant

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