LIVRE IV, CHAPITRE XI
prononce à peine le nom de sa mèré avant celui d’avanie? De véritables observateurs protestent que si le sceptre de fer qui lui commande venait à se retirer subitement, ce serait le plus grand malheur pour la Grèce, qui entrerait aussitôt dans un accès de convulsion universelle, sans qu’il fût possible d’y trouver un remède ni d’en prévoir la fin. Où serait pour ce peuple, supposé affranchi, le point de réunion et le Centre de l’unité politique, qu’il ne concevrait pas mieux qu’il ne conçoit depuis huit siècles l’unité religieuse? Quelle province voudrait céder à l’autre? Quelle race les dominerait? D’ailleurs, rien ne présage cet affranchissement. Jadis notre faiblesse sauva le sceptre des sultans ; aujourd’hui c’est notre force qui le protège. De grandes jalousies s’observent et se balancent. Si toutes les apparences ne nous trompent pas, elles soutiendront encore et pour longtemps peut-être le trône ottoman, quoique miné de toutes parts.
Et quand même ce trône tomberait, la Grèce changerait de maître; c’est tout ce qu’elle obtiendrait. Il pourrait se faire sans doute qu’elle y gagnât, mais toujours elle serait dominée. L’Egypte est sans contredit, et sous tous les rapports, le pays de l’univers le plus fait pour ne dépendre que de lui-même. Ezéchiel cependant lui déclara, il y a plus de deux mille ans, que jamais l’Egypte n’obéirait à un sceptre égyptien ' ; et depuis Cambyse jusqu’aux Mameluks, la prophétie n’a cessé de s’accomplir. Misratm, sans doute, expie encore sous nos yeux les crimes qui sortirent jadis des temples de Memphis et de Tentyra, dont les profondes et mystérieuses retraites versèrent l’erreur sur le genre humain. Pour ce long forfait, l’Égypte est condamnée au dernier supplice des nations : l’ange de la souveraineté a quitté ces fameuses contrées, et peut-être pour n’y plus revenir. Qui sait si la Grèce n’est pas soumise au