LIVRE IV, CHAPITRE XI
arrive môme de parler de rivalité à notre égard. Jadis peut-être cette rivalité avait une base et un sens; mais que signifie aujourd’hui une rivalité où l’on trouve d’un côté tout, et de l’autre rien ? Est-ce la gloire des armes ou celle des sciences que la Grèce voudrait nous disputer ? Elle se nomme elle-même l 'Orient, tandis que pour le véritable Orient elle n’est qu’un point de l’Occident, et que pour nous elle est à peine visible. Je sais qu’elle a écrit Y Iliade, qu’elle a bâti le Pœcile, qu’elle a sculpté l’Apollon du Belvédère, qu’elle a gagné la bataille de Platée; mais tout cela est bien ancien, et, franchement, un sommeil de vingt-cinq siècles ressemble beaucoup à la mort. Puissent les plus tristes augures n’être que des apparences trompeuses ! Désirons ardemment que cette nation ingénieuse recouvre son indépendance et s’en montre digne; désirons que le soleil se lève enfin pour elle, et que les anciennes ténèbres se dissipent. Il n’appartient point à un particulier de donner des avis à une nation, mais le simple vœu est toujours permis. Puisse la Grèce proprement dite , cette véritable Grèce si bien circonscrite par Cicéron', se détacher à jamais de cette fatale Byzance, jadis simple colonie grecque, et dont la suprématie imaginaire repose tout entière sur des titres qui n’existent plus ! On nous parle de Phocion, de Périclès, d’Épaminondas, de Socrate, de Platon, d’Agésilas, etc., etc. Eh bien ! traitons directement avec leurs descendants, sans nous embarrasser des municipes. Il n’y a de notre côté ni haine, ni aigreur; nous n’avons point oublié, comme les Grecs, la paix de Lyon et celle de Florence. Embrassons-nous de nouveau et pour ne nous séparer jamais. Il n’y a plus entre nous qu’un mur magique élevé par l’orgueil , et qui ne tiendra pas un instant devant la bonne foi et l’envie de se réunir. Que si l’anathème dure toujours, tâchons au moins qu’aucun reproche ne puisse tomber sur nous. Un prélat de
I, Sup., ch. Yin, p. 344.
l’Église grecque s’est plaint amèrement, j’en ai la certitude, que les avances faites d’un certain côté avaient été reçues avec une hauteur décourageante. Une telle dérogation aux maximes connues de douceur et d’habileté, quelque légère qu’on la veuille supposer, parait bien peu vraisemblable. Quoi qu’il en soit, il faut désirer de toutes nos forces que de nouvelles négociations aient un succès plus heureux, et que l’amour ouvre de bonne grâce ses immenses bras, qui étreignent les nations comme les individus.
CONCLUSION
I. Après l’horrible tempête qui vient de tourmenter l’Église , que ses enfants lui donnent au moins le spectacle consolant de la concorde; qu’ils cessent, il en est temps, de l’affliger par leurs discussions insensées. C’est à nous d’abord, heureux enfants de l’unité, qu’il appartient de professer hautement des principes dont l’expérience la plus terrible vient de nous faire sentir l’importance. De tous les points du globe (heureusement il n’en est aucun où il ne se trouve des chrétiens - légitimes), qu’une seule voix formée de toutes nos voix réunies répète, avec un religieux transport, le cri de ce grand homme que j’ai combattu sur quelques points importants avec tant de répugnance et de respect : O sainte Eglise romaine, mère des Eglises et de tous les fidèles l Eglise choisie de Dieu pour unir ses enfants dans la même foi et dans la même charité / nous tiendrons toujours à ton unité par le fond de nos entrailles'. Nous avons trop méconnu notre bonheur : égarés par les doctrines impies dont l’Europe a retenti dans le dernier siècle, égarés peut-être encore davantage par des exagérations insoutenables et par un esprit d’indépendance allumé dans le sein même de notre Église, nous avons presque brisé des liens dont nous ne pourrions , sans nous rendre absolument inexcusables, méconnaître aujourd’hui l’inestimable prix. Des souverainetés catholiques même, qu’il soit permis de le dire sans sortir des bornes du profond respect qui leur est dû; des souverainetés