LIVRE I, CHAPITRE VI
aux commissaires de l’empereur que si Dioscore ne sort pas de l'assemblée, ils en sortiront eux-mêmes' .
Parmi les six cents évêques qui entendirent la lecture de cette lettre, aucune voix ne réclama: et c’est de ce concile même que parlent ces fameuses acclamations qui ont retenti dès lors dans toute l’Église : Pierre a parlé par la bouche de Léon, Pierre est toujours vivant dans son siège.
Et dans ce même concile, Lucentius, légat du même Pape, disait : On a osé tenir un concile sans l’autorité du Saint-Siège, ce qui ne s’est jamais fait, et n’est pas permis 5 .
C’est la répétition de ce que le pape Célestin disait peu de temps auparavant à ses légats parlant pour le concile général d’Éphèse : Si les opinions sont divisées, souvenez-vous que vous êtes là pour juger, et non pour disputer1 * 3.
Le Pape, comme on sait, avait convoqué lui-même le concile de Chalcédoine, au milieu du cinquième siècle; et cependant le vingt-huitième canon ayant accordé la seconde place au siège partriarcal de Constantinople, saint Léon le rejeta. En vain l’empereur Marcien, l’impératrice Pulcbérie et le patriarche Anatolius lui adressent sur ce point les plus vives instances, le Pape demeure inflexible. Il dit que le troisième canon du premier concile de C. P., qui avait attribué précédemment cette place au patriarche de C. P., n’avait jamais été envoyé au Saint-Siège. Il casse etlléclare nul,/>ar l’ autorité apostolique, le vingt-huitième canon de Chalcédoine. Le pa-
1. Si er go præcipit retira magnificentia, aut ille egredialur, aut nos eximus. (Secr. Couc., tom. IV.)
ï. Fleury, Hist. eccl., liv. XXVIII, n° 1 1 . — Fleury, qui travaillait à bâtons rompus, oublia ce teste et un autre tout semblable (liv. XII, n* 10); et il nous dit hardiment, dans son IVe Discours sur l'hist. ecclés., n* 11 : Voua qui avez lu cette histoire, vous n’y avez rien lu de semblable. M. le docteur Marchetti prend la liberté de le citer lui-méme & lui-même. ( Critica , etc., t. I, art. | 1, p. Î0 et ÎI.)
3. Ad disputationem si ventum fuerit, vos de eorum senteutiis dijudicarç debetis, uon subire certamen. [Voy. les Actes du conc.)
triarche se soumet, et convient que le Pape était le maître1 2.
Le Pape lui-même avait convoqué précédemment le deuxième concile d’Éphèse, et cependant il l’annula en lui refusant son approbation5.
Au commencement du sixième siècle, l’évêque de Patare, en Lycie, disait à l’empereur Justinien : 11 peut y avoir plusieurs souverains sur la terre, mais il n’y a qu’un Pape sur toutes les églises de l’univers3 .
Dans le septième siècle, Saint Maxime écrit, dans un ouvrage contre les Monolhélites : <t Si Pyrrhus prétend « n’ètre pas hérétique, qu’il ne perde point son temps o à se disculper auprès d’une foule de gens, qu’il prouve « son innocence au bienheureux Pape de la très-sainte « Église romaine, c’est-à-dire au Siège apostolique à « qui appartiennent l’empire, l’autorité et la puissance « de lier et délier, sur toutes les Églises qui sont dans <i ie monde, en toutes choses et en toutes manières4. »
Au milieu de ce même siècle, les évêques d’Afrique, réunis en concile, disaient au pape Théodore, dans une lettre synodale : lYos lois antiques ont décidé que de tout ce qui se fait, même dans les pays les plus éloignés, rien ne doit être examiné ni admis avant que notre Siège illustre en ait pris connaissance s.
1. De là vient que le XVIII” canon de Chalcédoine n’a jamais été mis dans les collections , pas même par les Orientaux : ob Leonis reprobalionem. (Marca, de Vet. Can. Coll., cap. m, § XVII.) Voyez encore M. le docteur Marchetti. Appendice alla crilica di Fleury, t. II, p. 236.