‹ Du Pape (volume 2)Chapitre 49 sur 295 · LIVRE I, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE X

stination la suprématie du Pape, je réponds qu’on est mené aujourd’hui par ce qu’on a fait hier; qu’il n’est pas aisé d’effacer les liturgies antiques, et qu’on les suit par habitude, et même en les contredisant par système; qu’enfin les préjugés à la fois les plus aveugles et les plus incurables sont les préjugés religieux. Dans ce genre, on n’a droit de s’étonner de rien. Les témoignages, au reste, sont d’autant plus précieux, qu’ils frappent en même temps sur l’Église grecque, mère de l’Église russe, qui n’est plus sa fille '. Mais les rites et les livres liturgiques étant les mêmes, un homme passablement robuste perce aisément les deux Églises du même coup, quoiqu’elles ne se touchent plus.

On a vu d’ailleurs, parmi la foule de témoignages accumulés dans les chapitres précédents, ceux qui concernent l’Église en particulier : sa soumission antique au Saint-Siège est au rang de ces faits historiques qu’il n’y a pas moyen de contester. 11 y a mêihé ceci de particulier, que le schisme des Grecs n’ayant point été une affaire de doctrine, mais de pur orgueil, ils ne cessèrent

I . Il est assez commun d’entendre confondre dans les eonTersations l'Eglise russe et l’Eglise grecque. Rien cependant n’est plus évidemment iaus. La première fut, à la vérité, dans son principe, province du patriarcat grec; mais il lui est arrivé ce qui arrivera nécessairement à toute Eglise non catholique, qui, par la seule force des choses, finira toujours par ne dépendre que de son souverain temporel. On parle beaucoup de la suprématie anglicane; cependant elle n’a rien de particulier à l'Angleterre , car on 11e citera pus une seule Eglise séparée qui ne soit pas sous la domination absolue de la puissance civile. Parmi les catholiques mêmes, n'avons-nous pas vu l'Eglise gallicane humiliée, eutravée, asservie par les grandes magistratures, à mesure et en proportion juste de ce qu’elle se laissait follement émanciper envers la puissance pontificale? Il n’y a donc plus d'Eglise grecque hors de la Grèce , et celle de Russie n’est pas plus grecque qu’elle n’est cophte ou arménienne. Elle est seule dans le monde chrétien, non moins étrangère au Pape qu’elle méconnaît, qu’au patriarche grec, qui passerait pour un insensé s’il s'avisait d'envoyer un ordre quelconque à Saint-Pétersbourg. L’ombre même de toute coordination religieuse a disparu pour les Russes avec leur patriarche ; l'Eglise de ce grand peuple, entièrement isolée, n’a plus même de chef spirituel qui ait un nom dans l’histoire ecclésiastique. Quant au saint synode, on doit professer, à l’égard de chacun de ses membres pris à part, toute la considération imaginable; mais en les contemplant en corps, on n'y voit plus que le consistoire national perfectionné par la présence d’un représentant civil du prince qui eierce précisément sur ce comité ecclésiastique la même suprématie que le souverain ezerce sur l’Eglise en général.

de rendre hommage à la suprématie <lu Souverain Pontife, c’est-à-dire de se condamner eux-mémes jusqu’au moment où ils se séparèrent de lui, de manière que l’Église dissidente, mourant à l’unité, l’a confessée néanmoins par ses derniers soupirs.

Ainsi, l’on vit Photius s’adresser au pape Nicolas I", en 869, pour faire coufirmer son élection; l’empereur Michel demander à ce même Pape des légats pour ré t former l’Église de C. P., et Photius lui-méme lâcher encore, après la mort d’Ignace, de séduire Jean VIII, pour en obtenir cette confirmation qui lui manquait'.

Ainsi, le clergé de C. P. en corps recourait au pape Étienne en. 886, reconnaissait solennellement sa suprématie, et lui demandait, conjointement avec l’empereur Léon, une dispense pour le patriarche Étienne, frère de cet empereur, ordonné par un schismatique*.

Ainsi l’empereur romain qui avait créé son fils Théophilacte patriarche à Page de seize ans recourut en 993 au pape Jean Xll pour en obtenir les dispenses nécessaires, et lui demander en même temps que 1 e pallium. fût accordé par lui au patriarche , ou plutôt à l’Église de C. P., une fois pour toutes, sans qu’à l’avenir chaque patriarche fût obligé de le demander à son tour \

Ainsi, l’empereur llasile, en l’an 1019, envoyait encore des ambassadeurs au pape Jean XX, afin d’en obtenir, en faveur du patriarche de C. P., le titre de patriarche œcuménique à l’égard de l’Orient, comme le Pape en jouissait sur toute la terre*.

Etrange contradiction de l’esprit humain ! Les Grecs reconnaissaient la souveraineté du Pontife romain en lui demandant des grâces; puis ils se séparaient d’elle

1. Maiœhourg. Hist. du schisme des Grecs, t. I, lir. I, an 8S9. Ibid. Le Pape dit daus sa lettre qu'ayant le pouvoir et l'adorité de dispenser des décrets des conciles et des Papes ses prédécesseurs, pour de justes raisons, etc, (Joh. Epist. CXCIX, CC etCCIl, t. IX. Conc., edit, Par.)

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