livre i, chapitre xr
Rien cependant n’est plus contraire que cette théorie au système divin (s’il est permis de s’exprimer ainsi) qui se manifeste dans l’ensemble de la religion. Dieu qui nous a faits ce que nous sommes, Dieu qui nous a soumis au temps et à la matière, ne nous a pas livrés aux idées abstraites et aux chimères de l’imagination. II a rendu son Église visible, afin que celui qui ne veut pas la voir soit inexcusable ; sa grâce môme, il l’a attachée à des signes sensibles. Qu’y a-t-il de plus divin que la rémission des péchés? Dieu, cependant, a voulu, pour ainsi dire, la matérialiser en faveur de l’homme. Le fanatisme et l’enthousiasme ne sauraient se tromper eux-mêmes en se fiant aux mouvements intérieurs; il faut au coupable un tribunal, un juge et des paroles. La clémence divine doit être sensible pour lui , comme la justice d’un tribunal humain.
Comment donc pourrait-on croire que sur le point fondamental Dieu ait dérogé à ses lois les plus évidentes, les plus générales, les plus humaines? Il est bien aisé de dire : Il a plu au Saint-Esprit et à nous. Le quaker dit aussi qu’iï a l'Esprit , et les puritains de Cromwell le disaient de même. Ceux qui parlent au nom de l’Esprit- Saint doivent le montrer; la colombe mystique ne vient point se reposer sur une pierre fantastique; ce n’est pas ce qu’elle nous a promis.
Que si quelques grands hommes ont consenti à se placer dans les rangs des inventeurs d’une dangereuse chimère, nous ne dérogerons point au respect qui leur est dû, en observant qu’ils ne peuvent déroger à la vérité.
11 y a, d’ailleurs, un caractère bien honorable pour eux, qui les discerne à jamais de leurs tristes collègues : c’est que ceux-ci ne posent un principe faux qu’en faveur de la révolte; au lieu que les autres, entraînés par des accidents humains, je ne saurais pas dire autrement, à soutenir le principe, refusent néanmoins d’en tirer les conséquences, et ne savent pas désobéir.
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On ne saurait croire, du reste, dans quels embarras se jettent les partisans de la puissance abstraite , afin de lu donner la réalité dont elle a besoin pour agir. Le mot d' Eglise figure dans leurs écrits comme celui de nation dans ceux des révolutionnaires français.
Je laisse à part les hommes obscurs, dont l’embarras n’embarrasse pas; mais qu’on lise, dans les Nouveaux Opuscules de Fleury, la conversation intéressante de Bossuet et de l’évêque de Tournay (Choiseul-Praslin), qui nous a été conservée par Fénelon 1 ; on y verra comment l’évêque de Tournay pressait Bossuet, et le conduisait par force de Vindéfcciibilité à Y infaillibilité. Mais le grand homme avait résolu de ne choquer personne, et c’est dans ce système invariablement suivi que se trouve l’origine de ces angoisses pénibles qui versèrent tant d’amertume sur ses derniers jours.
Il faut avoir le courage d’avouer qu’il est un peu fatigant avec ses canons , auxquels il revient toujours.
Nos anciens docteurs, dit-il, ont tous reconnu d'une même voix dans la chaire de Saint-Pierre (il se garde bien de dire dans la personne du Souverain Pontife) la plénitude de la puissance apostolique. C'est un point décidé et résolu , Fort bien, voilà le dogme. Mais , continue-t-il, ils demandent seulement quelle soit réglée dans son exercice par LES CANONS \
Mais, premièrement, les docteurs de Paris n’ont pas plus de droit que d’autres d’exiger telle ou telle chose du Pape; ils sont sujets comme d’autres, et obligés comme d’autres de respecter ses décisions souveraines. Ils sont ce que sont tous les docteurs du monde catholique.
A qui en veut d’ailleurs Bossuet, et que signifie cette restriction : Mais ils demandent, etc.? Depuis quand les Papes ont-ils prétendu gouverner sans lois? Le plus fré-
1. JVotiv. Optuc. de Fleury, Paris, 1807, iu-12, p. 146 et 199*