LIVRE I, CHAPITRE XI
nétique ennemi du Saint-Siège n’oserait pas niçr, l’histoire à la main, que sur aucun trône de l’univers il ait existé, compensation faite, plus de sagesse, plus de vertu et plus de science que sur celui des Souverains Pontifes Pourquoi donc n’aurait-on pas autant et plus de confiance en cette souveraineté qu’en toutes les autres, qui jamais n’ont prétendu gouverner sans lois?
Mais, dira-t-on sans doute, si le Pape venait à abuser de son pouvoir? C’est avec cette objection puérile qu’on embrouille la question et les consciences.
Et si la souveraineté temporelle abusait de son pouvoir , que ferait-on ? C’est absolument la même question. On se crée des monstres pour les combattre. Lorsque l’autorité commande, il n’y a que trois partis à prendre : l'obéissance, la représentation et la révolte, qui se nomme hérésie dans l’ordre spirituel, et révolution dans l’ordre temporel. Une assez belle expérience vient de nous apprendre que les plus grands maux résultant de l’obéissance n’égalent pas la millième partie de ceux qui résultent de la révolte. Il y a d’ailleurs des raisons particulières en faveur du gouvernement des Papes. Comment veut-on que des hommes sages, prudents, réservés, expérimentés par nature et par nécessité, abusent du pouvoir spirituel, au point.de causer des maux incurables? Les représentations sages et mesurées arrêteraient toujours les Papes qui auraient le malheur de se tromper. Nous venons d’entendre un protestant estimable avouer franchement qu’un recours juste, fait aux
1. « Le Pape est ordinairement un homme de grand savoir et de grande f
• vertu, parvenu à la maturité de l’âge et de l’expérience , qui a rarement
« ou vanité ou plaisir à satisfaire aux dépens de sou peuple, et n’est embar- f « rassé ni de femme, ni d’enfants...* (Addisson , Suppl, aux voyages de Mi $ son, p. 126.) Et Gibbon convient, avec la même bonne foi, que « si l’on cal- ■ eule de sang-froid les avantages et les défauts du gouvernement ecclésiastique,
« on peut le louer, dans son état actuel, comme une administration douce, dé-
• cente et paisible, qui n’a pas à craindre les dangers d’une minorité, ou U « fougue d’un jeune prince ; qui n’est point minée par le luxe, et qui est aflran-
• chie des malheurs de la guerre. » (De la Décad.% tome XIII, chap. lxx, p. 210.) Ces deux textes peuvent tenir lieu de tous les autres, et ne sauraient être contredits par aucun homme de bonne foi.
DU l’APE.*
Papes, et cependant méprisé par eux, était un phénomène inconnu dans l’histoire. Bossuet, proclamant la même vérité dans une occasion solennelle, confesse qu'iï y a toujours eu quelque chose de paternel dans le Saint-Siège
Un peu plus haut il venait de dire : Comme c'a toujours été la coutume de l’Eglise de France de proposer les- canons2, Ça toujours été la coutume du Saint-Siège d’écouter volontiers de tels discours.
Mais s’il y a toujours eu quelque chose de paternel dans le gouvernement du Saint-Siège, et si Ça toujours été sa coutume d’écouter volontiers les Eglises particulières qui lui demandent des canons, que signifient donc ces craintes, ces alarmes, ces restrictions, ce fatigant et interminable appel aux canons ?
Un ne comprendra jamais parfaitement le sermon si justement célèbre Sur l'unité de l'Eglise , si l’on ne se rappelle constamment le problème difficile que Bossuet s’était proposé dans ce discours. Il voulait établir la doctrine catholique sur la suprématie romaine, sans choquer un auditoire exaspéré, qu’il estimait très-peu, et qu’il croyait trop capable de quelque folie solennelle. On pourrait désirer quelquefois plus de franchise dans ses expressions, si l’on perdait de vue un instant ce but général.
Que veut-il dire, par exemple, lorsqu’il nous dit (IIe point) : La puissance quil faut reconnaître dans le Saint- Siège est si haute et si éminente, si chère et si vénérable à tous les fidèles , qu'il n'y a rien au-dessus de toute t Eglise catholique ensemble ?
Voudrait-il nous dire, par hasard, que toute l’Église peut se trouver là où le Souverain Pontife ne se trouve pas? Il aurait avancé dans ce cas une théorie que son grand nom ne pourrait excuser. Admettez cette théorie insensée, et bientôt vous verrez disparaître l’unité en