CHAPITRE XIII
Des Canons en général, et de l’appel à leur autorité.
Il ne s’ensuit pas, au reste, de ce que l’autorité du Pape est souveraine, qu’elle soit au-dessus des lois, et qu’elle puisse s’en jouer ; niais ces hommes qui ne cessent d’en appeler aux canons ont un secret qu’ils ont soin de cacher, quoique sous des voiles assez transparents. Ce mot de canons doit s’entendre, suivant leur théorie, des canons qu’ils ont faits, ou de ceux qui leur plaisent. Ils n’osent pas dire tout à fait que si le Pape jugeait à propos de faire de nouveaux canons, ils auraient, eux, le droit de les rejeter; mais qu’on ne s’y trompe pas,
Si ce ne sont leurs paroles expresses,
•C'en est le sen»...
Toute cette dispute sur l’observation des canons fait pitié. Demandez au Pape s’il entend gouverner sans règle et se jouer des canons ; vous lui ferez horreur. Demandez à tous les évêques du monde catholique s’ils entendent que des circonstances extraordinaires ne puissent légitimer des abrogations, des exceptions, des dérogations, et que la souveraineté, dans l’Église, soit devenue stérile comme une vieille femme , de manière qu’elle ait perdu le droit, inhérent à toute puissance, de produire de nouvelles lois à mesure que de nouveaux besoins les demandent ; ils croiront que vous plaisantez.
Nul homme sensé ne pouvant donc contester à nulle souveraineté quelconque le pouvoir de faire des lois, de les faire exécuter, de les abroger et d’en dispenser lorsque les circonstances l’exigent; et nulle souveraineté ne s’arrogeant le droit d’user de ce pouvoir hors de ces cir~
constances ,‘ je le demande, sur quoi dispute-t-on? Que veulent dire certains théologiens français avec leurs canons? Et que veut dire, en particulier, Bossuet, avec sa grande restriction, qu’il nous déclare à demi-voix comme un mystère délicat du gouvernement ecclésiastique ? La plénitude de la puissance appartient à la chaire de Saint-Pierre ; mais nous demandons que l'exercice en soit réglé par les canons.
Quand est-ce que les Papes ont prétendu le contraire? Lorsqu’on est arrivé , en fait de gouvernement , à ce point de perfection qui n’admet plus que les défauts inséparables de la nature humaine, il faut savoir s’arrêter et ne pas chercher, dans de vaines suppositions, des semences éternelles de défiance et de révolte. Mais, comme je l’ai dit, Bossuet voulait absolument contenter sa conscience et ses auditeurs; et, sous ce point de vue, le sermon Sur l’unité est un des plus grands tours de force dont on ait connaissance. Chaque ligne est un travail ; chaque mot est pesé ; un article môme, comme nous l’avons vu, peut être le résultat d’une profonde délibération. La gône extrême où se trouvait l’illustre orateur l’empêche souvent d’employer les termes avec cette rigueur qui nous aurait contentés, s’il n’avait pas craint d’en mécontenter d’autres, lorsqu’il dit, par exemple : Dans la chaire de Saint-Pierre réside la plénitude de la puissance apostolique, mais l’exercice doit en être réglé par les canons, de peur que , s’élevant au-dessus de tout, elle ne détruise elle-même ses propres décrets ; ainsi le mystère est entendd1. J’en demande bien pardon encore à l’ombre fameuse de ce grand homme, mais pour moi le voile s’épaissit, et, loin d 'entendre le mystère, je le comprends moins qu’auparavant. Nous ne demandons point une décision de morale ; nous savons déjà depuis quelque temps qu’un souverain ne saurait mieux faire que de
t. Un peu pins bas, il s’écrie : La comprenez-vous maintenant, cette immortelle beauté de l’Eglise catholique? — Non, monseigneur, point du tout, à moins que sous ne daigniez ajouter quelques mots.