LIVRE I, CHAPITRE XIII
bien gouverner. Ce mystère n’est pas un grand mystère ; il s’agit de savoir si le Souverain Pontife, étant une puissance suprême ' , est, par là môme, législateur dans toute la force du terme ; si, dans la conscience de l’illustre Bossuet, cette puissance était capable de s’élever < au-dessus de tout; si le Pape n’a droit, dans aucun cas, d’abroger ou de modifier un de ses décrets ; s’il y a une puissance dans l’Église qui ait droit de juger si le Pape a bien jugé , et quelle est cette puissance ; enfin, si une Église particulière peut avoir, à son égard, d’autre droit •que celui de la représentation.
Il est vrai que, vingt pages plus bas, Bossuet cite, sans le désapprouver, cette parole de Charlemagne, que, quand même l'Église romaine imposerait un joug à peine supportable., il faudrait souffrir plutôt que de rompre la communion avec elle*. Mais Bossuet avait tant d’égards poMsr les princes, qu’on ne saurait rien conclure de l’espèoe d’approbation tacite qu’il donne à ce passage.
Ce qui demeure incontestable, c’est que si les évêques réunis sans le pape peuvent s’appeler Y Eglise, et s’attribuer une autre puissance que celle de certifier la personne du Pape dans les moments infiniment rares où -elle pourrait être douteuse, il n’y a plus d’unité, et tl’Église visible disparaît.
Au reste, malgré les artifices infinis d’une savante et «catholique condescendance, remercions Bossuet d’avoir «dit, dans ce fameux discours, que la puissance du Pape (est une puissance suprême* ; que l'Eglise est fondée sur son autorité *, que dans la chaire de Saint-Pierre réside la plénitude de la puissance apostolique1 2 3 4 ; que lorsque le Pape est attaqué, l'épiscopat tout entier (c’est-à-dire l’Église) est en péril6; quil y a toujours quelque chose de paternel
1. Les puissances suprêmes (en parlant du Pape) veulent être instruites. (Sermon sur l’unité, lll® point.)