LIVRE I, CHAPITRE XV
par cette phrase remarquable : La violence prouve bien la volonté de celui qui fait trembler , niais nullement celle de celui qui tremble ', maxime décisive dans ce cas.
Les centuriateurs citent avec la même exactitude d’autres écrivains, qui se montrent moins favorables à Libère, sans nier cependant les souffrances de l’exil. Mais les historiens de Magdebourg penchent évidemment vers l’opinion de saint Athanase : Il paraît , disentils, que tout ce qu’on a raconté de la souscription de Libère ne tombe nullement sur le dogme arien, mais seulement sur la condamnation d’ Athanase 1 2 3 4. Que sa langue ait prononcé dam ce cas plutôt que sa conscience , comme l'a dit Cicéron dans me occasion semblable, c’est ce qui ne semble pas douteux. Ce qu’il y a de certain, c’est que Libère ne cessa de professer la foi de Nicée *.
Quel spectacle que celui de Bossuet accusateur d’un Pape excusé par l’élite du calvinisme ! Qui pourrait ne pas applaudir aux sentiments qu’il confiait à son secrétaire?
Le plan de mon ouvrage ne me permettant point les détails, je m’abstiens d’examiner si le passage de saint Athanase, que je viens de citer, est suspect en quelques points, si la chute de Libère peut être niée purement et simplement comme un fait controuvé *; si, dans la supposition contraire, Libère souscrivit la première ou la deuxième formule de Sirmium. Je me bornerai à citer quelques lignes du docte archevêque Mansi, collecteur
1. Qux enim per lormenla contra priorem ejus sentenliam extorta sunt, eo jam non meluentium, sed cogentium eoluntates habendæ junt.
2. Quanquam hæc de subscriptione in Athanasium ad quam Liberius impulsas sit, non de consensu in dogmate cum Arianis dici videntur,
3. Lingua eu m suptrscripsisse magie quam mente, quod de juramento cujusdam Cicero dixit, omnino videtur, quemadmodum et Athanaeius cum excusavit, Constantem cerle in professione fidei Nicœame mansisse indicat. (Cenluriæ ecelesiasticæ Historiée, per aliquos studiosos et pio> viros in urhe Magdeburgica et Basileæ per Joaunem üporiuum, 1562. Cent. IV, c. x, p. 181k.)
4. Quelque! savants ont cru pouvoir soutenir cette opinion. (Voy. Dissert. sur le pape Libère , dans laquelle on fait voir qu'il n’est pas tombe'. Paris, cbei Lemesle, 1726, in-12. — Francisci Antonii Zacharia. P. S. Dissertatio de commenlitioLiberii Lapiu. Intbes. theol., Yeuet., 1762, in-4, t. H, p, 580, et seqq )
DU l’AI'E.
des conciles; elles prouveront peut-être à quelques esprits préoccupés
Qu’il est quelque bon sens aux bords de l'Italie.
« Supposons que Libère eût formellement souscrit à « l’arianisme (ce qu’il n’accorde point), parla-t-il dans « cette occasion eorarae pape, ex cathedra? Quels con- « eiles assembla-t-il préalablement pour examiner la « question? S’il n’en convoqua point, quels docteurs « appela-t-il à lui? Quelles congrégations institua-t-il « pour définir le dogme? Quelles supplications publiques « et solennelles indiqua-t-il pour invoquer l’assistance « de l’Esprit Saint? S’il n’a pas rempli ces préliminaires, « il n’a plus enseigné comme maître et docteur de tous o les fidèles. Nous cessons de reconnaître, et que Bos- « suet le sache bien, nous cessons, dis-je, de reconnaî- «< tre le Pontife Romain comme infaillible ’. »
Orsi est encore plus précis et plus exigeant ’. Un grand nombre de témoignages semblables se montrent dans les livres italiens, sed Grœeis incognito qui sua tantum mrrantur.
Le seul Pape qui puisse donner des doutes légitimes, moins à raison de ses torts qu’à raison de la condamnation qu’il a soufferte, c’est Honorius. Que signifie cependant la condamnation d’un homme et d’un Souverain Pontife, prononcée quarante-deux ans après sa mort? Un de ces malheureux sophistes qui déshonorèrent trop souvent le trône patriarcal de Constantinople, un fléau de l’Église et du sens commun, Sergius, en un mot, patriarche de C. P., s’avisa de demander, au commencement du septième siècle, a’ il y avait deux volontés en Jésus-Christ? Déterminé pour la négative, il consulta
t . Sed ita non egit; non definirit ex cathedra, non docuit tanquam omnium fidrlium magister ac doctor. Ubi vero ita non se gérât, sciât Bossuet , romanum Pontijicem infallibilem « no bis non ugnosci, (Voy. la note de Mau»!, dans l'ouvrage cité, p. 568.)