‹ Du Pape (volume 2)Chapitre 89 sur 295 · LIVRE I, CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XIX

L’Église ne demande rien de plus que les autres souverainetés, quoiqu’elle ait au-dessus d’elles une immense supériorité, puisque l’infaillibilité est d’un côté humainement supposée, et de l’autre divinement pj'omise. Cette suprématie indispensable ne peut être exercée que par un organe unique ; la diviser, c’est la détruire. Quand ces vérités seraient moins incontestables, il le serait toujours que toute décision dogmatique du Saint-Père doit faire loi, jusqu’à ce qu’il y ait opposition de la part de l’Église. Quand ce phénomène se montrera, nous verrons ce qu’il faudra faire; en attendant, on devra s’en tenir au jugement de Rome. Cette nécessité est invincible, parce qu’elle tient à la nature des choses et à l’essence môme de la souveraineté. L’Église gallicane a présenté plus d’un exemple précieux dans ce genre. Amenée quelquefois par de fausses théories et par certaines circonstances locales à se mettre dans une attitude d’opposition apparente avec le Saint-Siège, bientôt la force des choses la ramenait dans les sentiers antiques. Naguère encore, quelques-uns de ses chefs, dont je fais profession de respecter infiniment les noms, la doctrine, les vertus et les nobles souffrances, firent retentir l’Europe de leurs plaintes contre le pilote qu’ils accusaient d’avoir manœuvré dans un coup de vent, sans leur demander conseil. Un instant ils purent effrayer le timide fidèle,

Res est sollicili plena timoris amer ;

mais lorsqu’on est venu enfin à prendre un parti décisif, l’esprit immortel de cette grande Église survivant, suivant l’ordre, à la dissolution du corps, a plané sur la lôte de ces illustres mécontents, et tout a fini par le silence et la soumission.

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