LIVRE I, CHAPITRE XX
sublime que celle d’une langue universelle pour l’Église universelle ! D’un pôle à l’autre, le catholique qui entre dans une église de son rite, est chez lui, et rien n’est étranger à ses yeux. En arrivant, il entend ce qu’il entendit toute sa vie ; il peut mêler sa voix à celle de ses frères. Il les comprend, il en est compris ; il peut s’écrier :
Rome est toute en ces lieux, elle est toute où je suis.
La fraternité qui résulte d’une langue commune est un lien mystérieux d’une force immense. Dans le neuvième siècle, Jean Vm, pontife trop facile, avait accordé aux Slaves la permission de célébrer l’office divin dans leur langue; ce qui peut surprendre celui qui a lu la lettre CXCV de ce Pape, où il reconnaît les inconvénients de cette tolérance. Grégoire VII retira cette permission; mais il ne fut plus temps à l’égard des Russes, et l’on sait ce qu’il en a coûté à ce grand peuple. Si la langue latine se fût assise à Kief, à Novogorod, à Moscou, jamais elle n’eût été détrônée; jamais les illustres Slaves, parents de Rome par la langue, |n 'eussent été jetés dans les bras de ces Grecs dégradés du Bas- Empire, dont l’histoire fait pitié quand elle ne fait pas horreur.
Rien n’égale la dignité de la langue latine. Elle fut parlée par le peuple-roi, qui lui imprima ce caractère de grandeur unique dans l’histoire du langage humain, et que les langues mêmes les plus parfaites n’ont jamais pu saisir. Le terme de majesté appartient au latin. La Grèce l’ignore; et c’est par la majesté seule qu’elle demeurera au-dessous de Rome, dans les lettres connue dans les camps'. Née pour commander, cette langue commande
1, Futaie i(t Grwci-V videtur, H i/uum jujkstxtîs i'jnçrarct notant, soh j\ao tiacmattmadum in oanti'k, itn w yoni cu4(retvr< Qucni <iuid tU , ao
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encore dans les livres de ceux qui la parlèrent. C’est la langue des conquérants romains et celle des missionnaires de l’Église romaine. Ces hommes ne diffèrent que par le but et le résultat de leur action. Pour les premiers, il s’agissait d’asservir, d’humilier, de ravager le genre humain; les seconds venaient l’éclairer, le rassainir et le sauver, mais toujours il s’agissait de vaincre et de conquérir, et de part et d’autre c’est la même puissance :
..... Ultra Garamantas et Indos
Proferet imperium
Trajan, qui fut le dernier effort de la puissance romairfe, ne put cependant porter sa langue que jusqu’à l’Euphrate. Le Pontife romain l’a fait entendre aux Indes, à la Chine et au Japon.
C’est la langue de la civilisation. Môlée à celle'de nos pères les Barbares, elle sut raffiner, assouplir, et, pour ainsi dire, spiritualiser ces idiomes grossiers qui sont devenus ce que nous voyons. Armés de cette langue, les envoyés du Pontife romain allèrent eux-mêmes chercher ces peuples qui ne venaient plus à eux. Ceux-ci l’entendirent parler le jour de leur baptême, et depuis ils ne l’ont plus oubliée. Qu’on jette les yeux sur une mappemonde, qu’on trace la ligne où cette langue universelle se tut : là sont les bornes de la civilisation et de la fraternité européennes; au delà vous ne trouverez que la parenté humaine, qui se trouve heureusement partout. Le signe européen, c’est la langue latine. Les médailles, les monnaies, les trophées, les tombeaux, les annales primitives, les lois, les canons, tous les monuments parlent latin : faut-il donc les effacer, ou ne plus les entendre? Le dernier siècle, qui s’acharna sur tout ce qu’il y a de
scripta c,um judicio legermit. (Dan. Heiu»ii. Ded. ad Qlium, à la tète du Kir * gile d’ülzei'ir, in- 1 6 , 1 636.)
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