‹ Du Pape (volume 2)Chapitre 93 sur 295 · LIVRE I, CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XX

toutes les prières de l’Église. Les unes en représentent les mots, et les autres le sens. Ces livres, en nombre infini, s’adaptent à tous les âges, à toutes les intelligences, à tous les caractères. Certains mots marquants dans la langue originale, et connus de toutes les oreilles ; certaines cérémonies, certains mouvements, certains bruits même avertissent l’assistant le moins lettré de ce qui se fait et de ce qui se dit. Toujours il se trouve en harmo.nie parfaite avec le prêtre; et s’il est distrait, c’est sa faute.

Quant au peuple proprement dit, s’il n’entend pas les mots, c’est tant mieux. Le respect y gagne, et l’intelligence n’y perd rien. Celui qui ne comprend point comprend mieux que celui qui comprend mal. Comment d’ailleurs aurait-il k se plaindre d’une religion qui fait tout pour lui? C’est l’ignorance, c’est la pauvreté, c’est l’humilité qu’elle instruit, qu’elle console, qu’elle aime par-dessus tout. Quant à la science, pourquoi ne lui dirait-elle pas en latin la seule chose qu’elle ait à lui dire, quJ?V n’y a point de salut pour l’orgueil ?

Enfin , toute langue changeante convient peu à une religion immuable. Le mouvement naturel des choses attaque constamment les langues vivantes; et sans parler de ces grands changements qui les dénaturent absolument, il en est d’autres qui ne semblent pas importants, et qui le sont beaucoup. La corruption du siècle s’empare tous les jours de cerlains mots, et les gâte pour se divertir. Si l’Église parlait notre langue, il pourrait dépendre d’un bel esprit effronté de rendre le mot le plus sacré de la liturgie, ou ridicule ou indécent. Sous tous les rapports imaginables, la langue religieuse doit être mise hors du domaine de l’homme.

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