CHAPITRE PREMIER
Quelques Mois sur la souveraineté.
L’homme, en sa qualité d’être à la fois moral et corrompu, juste dans son intelligence et pervers dans sa volonté, doit nécessairement être gouverné; autrement il serait à la fois sociable et insociable, et la société serait à la fois nécessaire et impossible.
On voit dans les tribunaux la nécessité absolue de la souveraineté; car l’homme doit être gouverné précisément comme il doit être jugé, et par la même raison, c’est-à-dire, parce que partout où il n’y a pas sentence il y a combat.
Sur ce point, comme sur tant d’autres, l’homme ne saurait imaginer rien de mieux que ce qui existe, c’està-dire une puissance qui mène les hommes par des règles générales, faites non pour un tel cas ou pour un tel homme, mais pour tous les cas, pour tous les temps et pour tous les hommes.
L’homme étant juste, au moins dans son intention, toutes les fois qu’il ne s’agit pas de lui-même, c’est ce qui rend la souveraineté et par conséquent la société possibles. Car les cas où la souveraineté est exposée à mal faire volontairement sont toujours, par la nature des choses, beaucoup plus rares que les autres, précisément, pour suivre encore la même analogie, comme, dans l’administration de la justice, les cas où les juges