‹ Du Pape (volume 2)Chapitre 95 sur 295 · LIVRE II, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE I

sont tentés de prévariquer sont nécessairement rares par rapport aux autres. S’il en était autrement, l’administration de justice serait impossible comme la souveraineté.

Le prince le plus dissolu n’empêche pas qu’on poursuive les scandales publics dans scs tribunaux, pourvu qu’il ne s’agisse pas de ce qui le touche personnellement. Mais comme il est seul au-dessus de la justice, quand même il donnerait malheureusement chez lui les exemples les plus dangereux, les lois générales pourraient toujours être exécutées.

L’homme étant donc nécessairement associé et nécessairement gouverné, sa volonté n’est pour rien dans l’établissement du gouvernement; car dès que les peuples n’ont pas le choix et que la souveraineté résulte directement de la nature humaine, les souverains n’existent plus par lu grâce des peuples; la souveraineté n’étant pas plus le résultat de leur volonté que la société même.

On a souvent demandé si le roi était fait pour le peuple, ou celui-ci pour le premier. Cette question suppose, ce me semble, bien peu de réflexion. Les deux propositions sont fausses prises séparément, et vraies prises ensemble. Le peuple est fait pour le souverain, et le souverain est fait pour le peuple; et l’un et l’autre sont faits pour qu’il y ait une souveraineté.

Le grand ressort, dans la montre, n’est point fait pour le balancier, ni celui-ci pour le premier; mais chacun d’eux pour l’autre, et l’un et l’autre pour montrer l’hçure.

Point de souverain sans nation, comme point de nation sans souverain. Celle-ci doit plus au souverain que le souverain à la nation; car elle lui doit l’existence sociale et tous les biens qui en résultent; tandis que le prince ne doit à la souveraineté qu’un vain éclat qui n’a rien de commun avec le bonheur et qui l’exclut même presque toujours.

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