LIVRE II, CHAPITRE H
fondamentales dont nous sommes si fiers. Chez elle, l’homme le plus riche et le plus maître de ses actions, le possesseur d’une immense fortune mobilière, absolument libre de la transporter où il voudrait, sûr d’ailleurs d’une protection parfaite sur le sol européen, et voyant déjà arriver à lui le cordon ou le poignard, les préfère cependant au malheur de mourir d’ennui au milieu de nous.
Personne sans doute n’imaginera de conseiller à l’Europe le droit public, si court et si clair, de l’Asie et de l’Afrique; mais puisque le pouvoir chez elle est toujours criant, discuté, attaqué ou transporté, puisqu’il n’y a rien de si insupportable à notre orgueil que le gouvernement despotique, le plus grend problème européen est donc de savoir comment on peut restreindre le pouvoir souverain sans le détruire.
On a bientôt dit : Il faut des lois fondamentales ; il faut une constitution. Mais qui les établira ces lois fondamentales, et qui les fera exécuter? Le corps où l’individu qui en aurait la force serait souverain, puisqu’il serait plus fort que le souverain; de sorte que, par l’acte même de l’établissement, il le détrônerait. Si la loi constitutionnelle est une concession du souverain, la question recommence. Qui empêchera un de ses successeurs de la violer ? Il fout que le droit de résistance soit attribué à un corps ou à un individu ; autrement il ne peut être exercé que par la révolte, remède terrible, pire que tous les maux.
D’ailleurs, on ne voit pas que les nombreuses tentatives faites pour restreindre le pouvoir souverain aient jamais réussi d’une manière propre à donner l’envie de les imiter. L’Angleterre seule, favorisée par l’Océan qui l’entoure et par un caractère national qui se prête à ces expériences, a pu faire quelque chose dans ce genre ; mais sa constitution n’a point encore subi l’épreuve du temps ; ;et déjà même cet édifice fameux qui nous fait lire dans le fronton, m. dclxxxviu, semble chanceler
DU l'APE.
sur ses fondements encore humides. Les lois civiles et criminelles de celte nation ne sont point supérieures à celles des autres. Le droit de se taxer elle-même, acheté par des flots de sang, ne lui a valu que le privilège d’être la nation la plus imposée de l’univers. Un certain esprit soldatesque, qui est la gangrène de la liberté, menace assez visiblement la constitution anglaise ; je passe volontiers sous silence d’autres symptômes. Qu’arrivera-t-il? Je l’ignore; mais quand les choses tourneraient comme je le désire, un exemple isolé de l’histoire prouverait peu en faveur des monarchies constitutionnelles ; d’autant que l’expérience universelle est contraire à cet exemple unique.
Une grande et puissante nation vient de faire sous nos yeux le plus grand effort vers la liberté qui ait jamais été fait dans le monde : qu’a-t-elle obtenu? Elle s’est couverte de ridicule et de honte pour mettre enfin sur le trône un b italique à la place d’un B majuscule, et chez le peuple, la servitude à la place de l’obéissance. Elle est tombée ensuite dans l’abîme de l’humiliation, et, n’ayant échappé à l’anéantissement politique que par un miracle qu’elle n’avait pas droit d’attendre, elle s’amuse, sous le joug des étrangers ', à lire sa charte qui ne fait honneur qu’à son roi, et sur laquelle d’ailleurs le temps n’a pu s’expliquer.
Le dogme catholique, comme tout le monde sait, proscrit toute espèce de révolte sans distinction ; et pour défendre ce dogme, nos docteurs disent d’assez bonnes raisons philosophiques même, et politiques.
Le protestantisme, au contraire, partant de la souveraineté du peuple, dogme qu’il a transporté de la religion dans la politique, ne voit dans le système de la non-résistance que le dernier avilissement de l’homme. Le docteur Beattie peut être cité comme un représentant de tout son parti. Il appelle le système catholique de la