‹ Du Pape (volume 2)Chapitre 99 sur 295 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Idées antiques sur le grand problème.

Il ùi’est pas au pouvoir de l’homme de créer une loi qui n’ait besoin d’aucune exception. L’impossibilité sur ce point résulte également et de la faiblesse humaine, qui ne saurait tout prévoir, et de la nature même des choses, dont les unes varient au point de sortir par leur propre mouvement du cercle de la loi, et dont les autres, disposées par gradations insensibles sous des genres communs, ne peuvent être saisies par un nom général qui ne soit pas faux dans les nuances.

De là résulte dans toute législation la nécessité d’une puissance dispensante; car partout où il n’y a pas dispense, il y a violation.

Mais toute violation de la loi est dangereuse ou mortelle pour la loi, au lieu que toute dispense la fortifie; car l’on ne peut demander d’en être dispensé sans lui rendre hommage, et sans avouer que de soi-même on n’a point de force contre elle.

La loi qui prescrit l’obéissance envers les souverains est une loi générale comme toutes les autres; elle est bonne, juste et nécessaire en général. Mais si Néron est sur le trône, elle peut paraître un défaut.

Pourquoi donc n’y aurait-il pas dans ces cas dispense de la loi générale, fondée sur des circonstances absolument imprévues? Ne vaut-il pas mieux agir avec connaissance de cause et au nom de l’autorité, que de se précipiter sur le tyran avec une impétuosité aveugle qui a tous les symptômes du crime?

Mais à qui s’adresser pour cette dispense? La souveraineté étant pour nous une chose sacrée, une émanation de la puissance divine, que les uations de tous les temps out toujours mise sous la garde 4e la religion,

piais que le christianisme surtout a prise goui «a pro*

tection particulière en nous prescrivant de voir dans le souverain un représentant et une image de Dieu môme, il n’était pas absurde de penser que, pour être délié du serment de fidélité, il n’y avait pas d’autre autorité compétente que celle de ce haut pouvoir spirituel , unique sur la terre, et dont les prérogatives sublimes forment une portion de la révélation.

Le serment de fidélité sans restriction exposant les hommes à toutes les horreurs de la tyrannie, et la résistance sans règles les exposant à toutes celles de l’anarchie, la dispense de ce serment, prononcée par la souveraineté spirituelle, pouvait très-bien se présenter à la pensée humaine comme l’unique moyen de contenir l’autorité temporelle, sans effacer son caractère.

Ce serait, au reste, une erreur de croire que la dispense du serment se trouverait, dans celte hypothèse, en contradiction avec l’origine divine de la souveraineté. La contradiction existerait d’autant moins que lé pouvoir dispensant étant supposé éminemment divin, rien n’empôchercrit qu’à certains égards, et dans des circonstances extraordinaires, un autre pouvoir lui fût subordonné.

Les formes de la souveraineté, d’ailleurs, ne sont point les mômes partout : elles sont fixées par les lois fondamentales, dont les véritables bases ne sont jamais écrites. Pascal a fort bien dit « qu'il aurait autant d’horreur de détruire la liberté où Dieu l’a mise que de l’introduire où elle n’est pas. » Car il ne s’agit pas de monarchie dans cette question, mais de souveraineté, ce qui est tout différent.

Cette observation est essentielle pour échapper au sophisme qui se présente si naturellement : la souveraineté est limitée ici ou là; donc elle part du peuple.

En premier lieu, si l’on veut s’exprimer exactement, il n’y a point de souveraineté limitée ; toutes sont absolues et infaillibles, puisque nulle part il n’est permis de dire qu’elles se sont trompées,

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