‹ Du pape (volume 3)Chapitre 102 sur 208 · LIVRB II, CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRB II, CHAPITRE VII

C'est-à-dire, je leur apprends qu'un roi n'est pas un tyran. — Et qui donc le leur aurait appris sans lui(l)î

Maimbourg se plaint sérieusement de ce que « rhumeur impérieuse et inflexible de Grégoire Vil « ne put lui permettre d'accompagner son zèle de a cette belle modération qu'eurent ses cinq prédéi< cesseurs (2). »

Malheureusement , la belle modération de ces. Pontifes ne corrigea rien , et toujours on se moqua d'eux. Jamais la violence ne fut arrêtée par la modération. Jamais les puissances ne se balancent que par des efforts contraires. Les empereurs se portèrent contre les Papes à des excès inouïs dont on ne parle jamais : ceux-ci à leur tour peuvent quelquefois avoir passé envers les empereurs les bornes de la modération; et l'on fait grand bruit de ces actes un peu exagérés que l'on présente comme des forfaits. Mais les choses humaines ne vont point autrement. Jamais aucune constitution ne s'est formée, jamais aucun amalgame politique n'a pu s'opérer autrement que par le mélange de différents éléments qui , s'étant d'abord choqués, ont fini par se pénétrer et se tranquilliser.

Les Papes ne disputaient point aux empereurs

(4 ) Imperaioribui el regibut , eœterisque prineipibuê , ul elationes marii et iuperbiœ fiuotus comprimere valeant arma humilUatis , JHo auetore^ providerê curamw.

Cest cependiol de ce grand homme que Voltaire a osé diro : « L'É- « glise Ti mis au nombre des Saiiils, comme les peuples de l'anli- « quilé déiflaieot leurs dérenseurs; el les sages Toul mis au nombre « des fous. (Tom. lit, chap. XLVI, p. 44.H(irégoire Vil un fou! el Tou au jugement des sages , comme les a/Hciens défenseurs de* peuplesUl En vérilé, — mais on ne réfute pas un fQi) ( ici re^pression est rxacle ) ; il surfit de le présenter et de le laisse^iiitc.

,2; Hisl. de la décad., etc., liv. III. A, 1073.; .

lîW nu PAPK.

l'investiture |)ar /« sceptre, mais seulement Tinvestiture par la crosse et l'anneau. Ce n'était rien , dirat-on. Au contraire, c'était tout. Et comment se serait-on si fort échauffé de part et d'autre , si la question n'avait pas été importante? Les Papes ne disputaient pas même sur les élections, comme Maimbourg le prouve par l'exemple de Suger (1). Ils consentaient de plus à l'investiture par le sceptre ; c'est-à-dire qu'ils ne s'opposaient point à ce que les prélats, considérés comme vassaux , reçussent de leur seigneur suzerain, par l'investiture féodale, ce mère et mixte empire (pour parler le langage féodal) , véritable essence du fief, qui suppose de la part du seigneur féodal une participation à la souveraineté, payée, envers le seigneur suzerain qui en est la source, par la dépendance politique et la loi militaire (2).

Mais ils ne voulaient point d'investiture par la crosse et par l'anneau , de peur que le souverain temporel , en se servant de ces deux signes religieux pour la cérémonie de l'investiture, n'eût l'air de conférer

H) H;sl. de la décad., etc., liv. II!. A. «21.

(2) Voltaire est excessivement plaisant sur le gouvernement Téodal. « On a longtemps recherché,. dit- il, Torigine de ce gouvernement, il « est à croire qu*il n*en a point d'autre que l'ancienne coutume de « toutes les nations d'imposer un hommage et un iribut au plus faible. » ( Ibid. tom. I, chap. XXXIII , p. 512. ) Voilà ce que YolUire savait sur ce gouvernement, qui fuU comme Ta dit Montesquieu avec beaucoup de vérité, un moment unique dam l'hùloire. Tous les ouvrages sérieux de Voltaire', s'il en a fait de sérieux, étincellent de traits semblables ; et il est utile de les Taire remarquer, afin que chacun soit bien convaincu que nul degré d'esprit et de talent ne saurait donner à aucun homme le droit de parler de ce qu'il ne sait pas.

« Les empereurs et les rots ne prétendaient pas donner le Saint- « Esprit, mais ils voulaient l'hommage du temporel qu'ils auraient « donné. On se battit pour une cérémonie indifférente. » (Volt., ibid., chap. XLVI.) Voltaire n'y comprend rien.

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lui-même le titre et la Juridiction spirituelle, en changeant ainsi le bénéfice en fief; et sur ce point, l'empereur se vit à la fin obligé de céder (1). Mais, dix ans après, Lothaire revenait encore à la charge et tâchait d'obtenir du pape Innocent II le rétablissement des investitures par la crosse et l'anneau (1131), tant cet objet paraissait , c'est-à-dire était important !

Grégoire VII alla sans doute sur ce point plus loin que les autres Papes, puisqu'il se crut en droit de contester au souverain le serment purement féodal du prélat vassal. Ici on peut voir une de ces exagérations dont je parlais tout à l'heure; mais il faut aussi considérer l'excès que Grégoire avait en vue. Il craignait le fief qui éclipsait le bénéfice. Il craignait les prêtres guerriers. 11 faut se mettre dans le véritable point de vue, et l'on trouvera moins légère cette rai-son alléguée dans le concile de Châlons-sur-Saône (1073), pour soustraire lès ecclésiastiques au serment féodal , que les mains qui consacraient le corps de Jésus-Christ ne devaient point se mettre entre des mains trop souvent souillées par Veffusion du sang humain , peut-être encore par des rapines ou d autres crimes (2). Chaque siècle a ses préjugés et sa manière de voir d'après laquelle il doit être jugé. C'est un insupportable sophisme du nôtre de supposer constamment

{\} Hist. de la décad., etc., liv. Ul. A. 1121.

(2) On sait que le vassal , en prêtant le serment qui précédait Tinvestiture, tenait ses mains jointes dans celles de son seigneur.

The council declared exécrable Ihat pure hands u>hich could ckbatb GOD, etc. ( Humels William Rufus, ch. V.) il faut remarquer en passant la belle expression crier Dieu. Nous avons beau répéter que rassertion ce pain eei Dieu ne saurait appartenir qu'à un insensé (Bossuet, Hist. des variât., liv. H. nos), les protestants finiront peutêtre eux-mêmes avant que finisse le reproche qu'ils nous adressent.

que ce qui serait condamnable de nos jours rétait de même dans les temps passés , et que Grégoire VII devait en agir avec Henri IV comme en agirait Pie Vil envers sa majesté l'empereur François II.

On accuse ce Pape d'avoir envoyé trop de légats; mais c'est uniquement parce qu'il ne pouvait se fier aux conciles provinciaux; et Fleury, qui n'est pas suspect et qui préférait ces conciles aux légats (1) , convient néanmoins que si les prélats allemands redoutaient si fort l'arrivée des légats, c'est qu'Us se sentaient coupables de simonie , et qu'ils voyaient arriver leurs juges (2).

En un mot, c'en était fait de l'Église, humaine* ment parlant; elle n'avait plus de forme, plus de police, et bientôt plus de nom, sans l'intervention extraordinaire des Papes, qui se substituèrent à des autorités égarées ou corrompues, et gouvernèrent d'une manière plus immédiate pour rétablir l'ordre.

C'en était fait aussi de la monarchie européenne , si des souverains détestables n'avaient pas trouvé sur leur route un obstacle terrible; et, pour ne parler dans ce moment que de Grégoire VII^ je ne doute pas que tout homme équitable ne souscrive au jugement parfaitement désintéressé qu'en a porté l'historien des révolutions d'Allemagne: « La simple exposition des <( faits, dit-il. démontre que la conduite de ce Pon-c< tifefut celle que tout homme d'un caractère ferme (( et éclairé aurait tenue dans les mêmes circon-^ et stances (3). » On aura beau lutter contre la vérité^

(OlVe Disc. non.

(2) Hist. eccl. liv. LXII, non.

(3) Rivoluzione délia Germania, di Carlo Denina. Firenze^ PiaUf\ in-8o, lom, //, cap. F, p. *».

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