ARTICLE III
Liberté de l'Italie.
Le troisième but que les Papes poursuivirent sans relâche, comme princes temporels, fut la liberté de ritalie, qu'ils voulaient absolument soustraire à la puissance allemande.
« Après^ le&trois Othons, le combat de la domi- « nation allemande et de la liberté italique resta longa temps dans les mêmes termes (1). Il me parait sena sible que le vrai fond de la querelle était que les (( Papes et les Romains ne voulaient point d'empe- <( reurs à Rome (2), » c'est-à-dire qu'ils ne voulaient point de maîtres chez eux.
Voilà la vérité. La postérité de Charlemagne était éteinte. L'Italie ni les Papes en particuliei* ne devaient rien aux princes qui la remplacèrent en Allemagne, (i Ces princes tranchaient tout par le glaive (3). « Les Italiens avaient, certes, un droit plus naturel <c à la liberté qu'un Allemand n'en avait d'être leur « maître [k). Les Italiens n'obéissaient jamais que (( malgré eux au sang germanique , et cette liberté , (( dont les villes d'Italie étaient alors idolâtres , resc< pectaitpeu la possession des Césars allemands (5). » Dans ces temps malheureux, « la papauté était à l'en- (( can ainsi que presque tpus les évéchés; si cette au- « torité des empereurs avait duré, les Papes n'eus-
(1) Voit. Essai sur l'hisl. gén., tom. I , cb. XXXVil, p. 536.
(2) Ibid. ch. XLVI.
(3) Ibid, tom. Il, ch. XLVIl, p. 57.
(4) Ibid. tom. Il, ch. XLVII, p. 56.
(5) Ibid. ch. LXI et LXII.
(( sent été que leurs chapelains, et Tltaiie eût été (( esclave (1).
a L'imprudence du Pape Jean XII d'avoir appelé « les Allemands à Rome, fut la source de toutes les a calamités dont Rome et Tltalie furent affligées pen- « dant tant de siècles (2). » L'aveugle Pontife ne vit pas quel genre de prétentions il allait déchaîner, et la force incalculable d*un nom porté par un grand homme. « Il ne paratt pas que TAUemagne, sous « Henri TOiseleur, prétendit être Fempire; il n'en « fut pas ainsi sous Othon le Grand (3). » Ce prince, qui sentait ses forces, « se flt sacrer, et obligea le Pape « à lui faire serment de fidélité (k). Les Allemands « tenaient donc les Romains subjugués , et les Ro- « mains brisaient leurs fers dès qu'ils le pou- « valent (5). » Voilà tout le droit public de Fltalie pendant ces temps déplorables où les hommes manquaient absolument de principes pour se conduire. c( Le droit de succession même (ce palladium de la « tranquillité publique) ne paraissait alors établi « dans aucun état de l'Europe (6). Rome ne savait ni « ce qu'elle était, ni à qui elle était (7). L'usage s'é- « tablissait de donner les couronnes, non par le droit « du sang, mais par le suffrage des seigneurs (8). « Personne ne savait ce que c'était que l'empire (9).
{\) Volt., Essai sur l'hisi. gén., tom. I. ch XXXVIII, p. 329 à kZ\. (3) Ibid.ch. XXXVI, p. 5-21.
(3) Ibid. tom. Il, ch. XXXIX, p. 513, 514.
(4) Ibid. tom. I, ch. XXXVI, p. 521.
(5) Ibid. p. 523, 523.
(6) Ibid. ch. XL, p. 261.
(7) Ibid. ch. XXXVII, p. 527.
(8) Ibid.
(9) Ibid. tom. Il, ch. XLVll, p. 36; ch. LXIII, p. 223.