CHAPITRE IX
JusUfîcalion de ce pouvoir.
Les écrivains du dernier âge ont assez souvent une manière tout à fait expéditive déjuger les institutions. Ils supposent un ordre de choses purement idéal, bon suivant eux, et dont ils partent comme dune donnée pour juger les réalités.
Voltaire peut fournir, dans ce genre, un exemple excessivement comique. Il est tiré de la Henriade , et n'a pas été remarqué, que je sache:
C'est un usage antique et sacré parmi nous.
Quand la mort sur le trône étend ses rudes coups,
Et que du sang des rois, si chers à la patrie.
Dans ses derniers canaux la source s'est tarie.
Le peuple au mémo instant rentre en ses premiers droits ;
Il peut choisir un maître, il peut changer ses lois.
21 i DU PAP«.
Lei États assemb^éfi, organes de la France, Nomment un gourerai n, liipitent sa puissance. Ainsi de nos aïeux les augustes décrets Au rang de Charlemagne ont placé les Capets (C. Vil).
Charlatan I Où donc a-t-il vu toutes ces belles choses? Dans quel livre a-t-il lu les droits du peuple? ou de quels faits les a-t-il dérivés? On dirait que les dynasties changent en France dans une période réglée, comme les jeux olympiques. Deux mutations en 1300 ans, voilà certes un usage bien constant! Et ce qu'il y a de plaisant, c'est qu'à Tune et à Tautrc époque,
La source de ce sang si cher à la patrie
Dans 8«9 derniers canaui ne t'était point tarie.
Il était, au contraire, en pleine circulation lorsqu'il fut exclu par un grand homme évidemment mûri à côté du trône pour y monter (1).
On raisonne sur les Papes comme Voltaire vient de raisonner. On pose en fait, expressément où tacitement, que l'autorité du sacerdoce ne peut s'unir d'aucune manière à celle de l'empire; que dans le système de l'Église catholique, un souverain ne peut être excommunié; que le temps n'apporte aucun changement aux constitutions politiques ; que tout devait aller autrefois comme de nos jours, etc. ; et sur
(4) Il est bon d'entendre Voltaire raisonner comme historien sur le même événement. « On sait, dit-il, comment Hugues-Capet enleva la « couronne à Toncledu dernier roi. Si ht suffrages eussent été libre*, <i Charles aurait été roi de France. Ce ne fut point un parlement de la « nation qui le priva du droit de ses ancêtres, comme Tontdit tant « d'historiens; ce fut ce qui fait et qui défait les rois, là force aidée de « la prudence. » (Volt., Essai, etc., tom. II, ch. XXXIX.) Il n'j a point ici 6'uugusles décrets , comme on voit. Il écrit à la marge : Hugues- Capet s'empara du royaume d forée ouf>erie.
LIVIIK II, CHAPITRE IX. Si 5
ces belles maximes, prises pour des axiomes , on décide que les anciens Papes avaient perdu Tesprit.
Les plus simplejs lumières du bon sens enseignent cependant uïie marche toute différente : Voltaire luimôme ne Ta-t-il pas dit? On a tant d'exemples dans C histoire , de Vunion du sacerdoce et de V empire dans d'autres religions (1)! Or, il nest pas nécessaire, je pense, de prouver que cette union est infiniment plus naturelle sous Tempire d'une religion vraie que sous celui de toutes les autres, qui sont fausses puisqu'elles sont autres,
11 faut partir d'ailleurs d'un principe général et incontestable , savoir, que tout gouvernement est bon lorsquHl est établi et qu'il subsiste depuis longtemps sans contestation.
Les lois générales seules sont éternelles; Tout le reste varie, et Jamais un temps ne ressemble à Tau* tre. Toujours , sans doute , Thomme sera gouverné , mais jamais de la même manière. D'autres mœurs, d'autres connaissances, d'autres croyances amèneront nécessairement d'autres lois. Les noms aussi trompent sur ce point comme sur tant d'autres, parce qu'ils sont sujets à exprimer tantôt les ressemblances des choses contemporaines, sans exprimer leurs différences, et tantôt à représenter des choses que le temps a changées, tandis que les noms sont demeurés les mêmes. Le mot de monarchie, par eiemple, peut représenter deux gouvernements ou contemporains ou séparés par le temps, plus ou moins différents sous la même dénomination ; en sorte qu'on ne pourra point afQrmer de l'un tout ce qu'on affirme justement de l'autre.
(I) YoU., Essai, clc.» lom. I, ch. Xllï.
tii} OU PAPE.
« C'est donc une idée bien vaine , un' travail bien (( ingrat , de vouloir tout rappeler aux usages anti- « ques , et de vouloir fixer cette roue que le tenfips « fait tourner d'un mouvement irrésistible. A quelle « époque faudrait-il avoir recours?.... à quel siècle, à « quelles lois faudrait-il remonter? À quel usage s'en a tenir? Un bourgeois de Rome serait aussi bien fondé « à demander au Pape des consuls , des tribuns, un n sénat , des comices et le rétablissement entier de la H république romaine; et un bourgeois d'Athènes c( pourrait réclamer auprès du sultan l'ancien aréo- « page et les assemblées du peuple, qui s'appelaient