‹ Du pape (volume 3)Chapitre 116 sur 208 · LIVRE II, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE X

et il fut couronné à Mayence par Tarchevêque de cette ville (1).

Au commencement de ce même siècle, Joannice, roi des Bulgares, se soumet à TËglise romaine, envoie des ambassadeurs à Innocent III , pour lui prêter obéissance filiale et lui demander la couronne royale, comme ses prédéeesseurs l'avaient autrefois reçue du Saint-Siège (2).

En 1275, Démétrius, chassé du trône de Russie , en appela au Pape , comme au juge de tous les chrétiens (3).

Et pour terminer par quelque chose de plus frappant peut-être , rappelons que dans le seizième siècle encore , Henri Vil, roi d'Angleterre , prince passablement instruit de ses droits , demandait cependant la confirmation de son titre au Pape Innocent VII , qui la lui accordait par une bulle que Bacon a citée (i).

Il n'y a rien de si piquant que de voir les Papes justifiés par leurs accusateurs , qui ne s'en doutent pas. Écoutons encore Voltaire : « Tout prince, dit-il, « qui voulait usurper ou recouvrer un domaine, s'a-

« dressait au Pape, comme à son maître Aucun

a nouveau prince n'osait se dire souverain, et ne c( pouvait être reconnu des autres princes sans la perce mission du Pape; et le fondement de toute l'hisc( toire du moyen-âge est toujours que les Papes se « croient seigneurs suzerains de tous les états , sans c< en excepter aucun (5). »

(1) Maimbourg, Histoire de la décad., etc. A. 1242.

(S) Id., Hist. du Schisme des Grecs, tom. U, liv. IV, A. 12<H.

(3) Voltaire, Ann. de l'emp. tom. I, p. 178.

(4) Bacon, Hisl. de Henri VII, p. 29 de la trad. franc.

(5) Voltaire, ïssai sur les mœurs, tom. III, ch. LXIV.

Je D'en veux pas davantage; la légitimité du pouvoir est démontrée. L'auteur des Lettres sur V histoire , plus animé peut-être contre les Papes que Voltaire même , dont toute la haine était pour ainsi dire su* perficielle, s'est vu conduit au même résultat, c'est^ à-dire à justifier complètement les Papes , en croyant les accuser.

« Malheureusement , dit-il , presque tous les souci verains, par un aveuglement inconcevable, travailci laient eux-mêmes à accréditer dans Topinion puce biique une arme qui n'avait et qui ne pouvait avoir « de force que par cette opinion. Quand elle attaii quait un de leurs rivaux et de leurs ennemis, nonce seulement ils l'approuvaient, mais ils provoquaient a quelquefois Texcommunication ; et en se chargeant a eux-mêmes d'exécuter la sentence qui dépouillait c( un souverain de ses états, ils soumettaient les c< leurs à cette juridiction usurpée (1). »

Il cite ailleurs un grand exemple de ce droit public, et en l'attaquant, il achève de le justifier, a 11 a semblait réservé, dit- il, à ce funeste traité (la u ligue de Cambrai) de renfermer tous les vices, a Le droit d'excommunication, en matière tempoce relie, y fut reconnu par deux souverains; et il fut a stipulé que Jules fulminerait un interdit sur Vea nise, si dans quarante jours elle ne rendait pas ses a usurpations (2). »

« Voilà , dirait Montesquieu , rÉPONGE qu'il faut c( passer sur toutes les objections faites contre les a anciennes excommunications. » Combien le préjugé est aveugle, même chez les hommes les plus

(1) Lettres sur l'histoire, tora. U, letl. Xtl, p. 413, in-^o.

(2) Lettres sur Thistoire, tom. III, lettre LXll, p. 338.

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