LIVRE II, CHAPITRE XI
« fait place au burlesque écusson des frères. Aussi (( peu raisonnable dans riatérieur de sa maison que « dans ses conseils , il rejette aujourd'hui une corn- (( pagne irréprochable, par des raisons que nos dé~ « pûtes ont ordre d'expliquer de vive voix à Votre 0 Sainteté. Et si elle n'arrête point ce projet par un a décret salutaire, nous ne doutons point que bientôt c( quelque choix inégal et bizarre ne vienne encore <i justifier notre recours. Enfin, Très-Saint-Père, il « ne tient qu'à Votre Sainteté de se convaincre, par (( les preuves les plus incontestables , que la nation « étant irrévocablement aliénée de la dynastie qui (( nous gouverne, cette famille, proscrite par l'opic< nion universelle , doit disparaître pour le salut pu- « blic , qui marche avant tout.
« Cependant, Très-Saînt-Père , à Dieu ne plaise « que nous voulions en appeler à notre propre juge- « ment, et nous déterminer par nous-mêmes dans « cette grande occasion I Nous savons que les rois <i n'ont point de juges temporels, surtout parmi leurs (( sujets, et que la majesté royale ne relève que de c( Dieu. C'est donc à vous , Très-Saint-Père , c'est à a vous, comme représentant de son fils sur la terre , « que nous adressons nos supplications, pour que (( vous daigniez nous délier du serment de fidélité qui « nous attachait à cette famille royale qui nous gou- « verne , et transférer à une autre famille des droits a dont le possesseur actuel ne saurait plus jouir que c( pour son malheur et pour le nôtre. »
Quelles seraient les suites de ce grand recours? I^ Pape promettrait, avant tout, de prendre la chose en profonde considération, et de peser les griefs de la nation dans la balance de la plus scrupuleuse justice, ce
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qui eût suffi d'abord pour calmer les esprits; car rhomme est fait ainsi : c'est le déni de justice qui Tirrite; c'est rimpossibilité de l'obtenir qui le désespère. Du moment où il est sûr d'être entendu par un tribunal légitime , il est tranquille.
Le Pape enverrait ensuite sur les lieux un homme de sa confiance la plus intime, et fait pour traiter d'aussi grands intérêts. Cet envoyé s'interposerait entre la nation et son souverain. Il montrerait à l'une la fausseté ou l'exagération visible de ses plaintes, le mérite incontestable du souverain , et les moyens d'éviter un immense scandale politique ; à l'autre , les dangers de rinflexibilité , la nécessité de traiter certains préjugés avec respect, l'inutilité surtout des appels au droit et à la justice , lorsqu'une fois l'aveugle force est déchaînée; il n'oublierait rien enfin pour éviter les dernières extrémités.
Mettons cependant la chose au pire , et supposons que le Souverain Pontife ait cru devoir délier les sujets du serment de fidélité; il empêchera, du moins , toutes les mesures violentes. En sacrifiant le roi, il sauvera la majesté ; il ne négligera aucun des adoucissements personnels que les circonstances permettent, mais surtout, et ceci mérite peut-être quelque légère attention , il tonnerait contre le projet de déposer une dynastie entière , même pour les crimes , et , à plus forte raison , pour les fautes d'une seule tête. Il enseignerait aux peuples a que c'est la famUle qui rè- « gne ; que le cas qui vient de se présenter est tout sema blable à celui d'une succession ordinaire , ouverte par ce la mort ou la maladie ; et il finirait par lancer Vanaa thème sur tout homme assez hardi pour mettre en (( question les droits de la maison régnante. »