LIVRE ri, CHAPITRE XU. 2ii
Si Ton demande par qui avaient été établis les électeurs, Voltaire est là pour répondre que les électeurs s'étaient institués par eux-mêmes , et que c'est ainsi que tous les ordres s'établissent , les lois et le temps faisant le resta (1); et il ajoutera avec la même raison, que les princes qui avaient le droit d*élire l'empereur, paraissent avoir eu aussi celui de le déposer (2).
Nul doute sur la vérité de cette proposition. Il ne faut point confondre les électeurs modernes, purs titulaires sans autorité, nommant, pour la forme, un prince héréditaire dans le fait; il ne faut point, dis-je, les confondre avec les électeurs primitifs, véritables électeurs , dans toute la force du terme , qui avaient incontestablement le droit de demander à leur créature compte de sa conduite politique. Comment peut-on imaginer, d'ailleurs, un prince allemand électif, commandant à Tltalie sans être élu par 11talie? Pour moi, je ne me figure rien d'aussi monstrueux. Que si la force des circonstances avait naturellement concentré tout ce droit sur la tête du Pape, en sa double qualité de premier prince italien et de chef de TÉglise catholique, qu'y avait-il encore de plus convenable que cet état de choses? Le Pape, au reste, dans tout ce qu'on vient de voir, ne troublait point le droit public de l'empire; il ordonnait aux électeurs de délibérer et d'élire; il leur ordonnait de prendre les mesures convenables p^pur étouffer tous les différends. C'est tout ce qu'il devait faire. On a bientôt prononcé les mots faire et défaire le< empereurs; mais rien n'est moins exact, car le prince excommunié était bien le maître de se réconcilier. Que
(1) Voltaire, Essai sur les mœurs, elc lom, IV, chap. CXCV. ;2j Ibid. tom. 111, chap. XLVI.
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s'il s'obstinait, c'était lui qui se défaisait; et si , par hasard, le Pape avait agi injustement, il en résultait seulement que, dans ce cas, il s'était servi injustement d'une autorité juste , malheur auquel toute autorité humaine est nécessairement exposée. Dans le cas où les électeurs ne savaient pas s'accorder, et commettaient l'insigne folie de se donner deux empereurs , c'était se donner la guerre dans l'instant même; et, la guerre étant déclarée , que pouvaient encore faire les Papes? La neutralité était impossible, puisque le sacre était réputé indispensable , et qu'il était demandé ou par les deux concurrents, ou par le nouvel élu. Les Papes devaient donc se déclarer pour le parti où ils croyaient voir la justice. A l'époque dont il s'agit ici, une foule de princes et d'évêques (qui étaient aussi des princes) tant d'Allemagne que d'Italie, se déclarèrent contre Henri , pour se délivrer enfin d'un roi ne seulement pour le malheur de ses sujets (1).
En l'anpée 1078, le Pape envoya des légats en Allemagne pour examiner sur les lieux de quel cAté se trouvait le bon droit, et, deux ans après, il en envoya d'autres encore pour mettre fin à la guerre, s'il était possible; mais il n'y eut pas moyen de calmer la
[i ) PassarotM à liberar se ttessi da un principe naio solamenie per rendere infelidi tuoi sudditi. (Muralori, ibtd. p. 248.) Toute rhisloire nous dit ce qu'était Henri comme prince ; son fils et sa femme nous ont appris ce qu'il élait dans son intérieur. Qu'on se représente la malheureuse Praxède arrachée de sa prison par les soins de la sage Malhilde, et conduite par le désespoir à confesser, au milieu d'un concile, d'abominables horreurs. Jamais la Providence ne permet au génie du mal de déchaîner un de ces animaux féroces sans leur opposer l'invincible génie de quelque grand homme, et ce grand homme fut Grégoire VU. Les écrivains de notre siècle sont d'un autre avis; ils ne cessent de nous parler au fougueux, de Vimpitoyable Grégoire. Henri, au contraire, jouit de toute leur faveur; c'est toujours le malheureux, Vinforluné Henri !— Ils n'ont d'entrailles que pour le crime.