‹ Du pape (volume 3)Chapitre 124 sur 208 · LIVRE II, CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE XII

guerres d'Europe , durant cette époque , n'eurent pas d'autre cause, et toujours par la faute des Papes.

En sorte que les Papes ^ pendant près de quatre siècles, ont inondé V Europe de sang et de fanatisme (1).

L'habitude et le préjugé ont tant d'empire sur l'homme, que des écrivains, d'ailleurs très-sages, sont assez sujets, en traitant ce point d'histoire, à dire le pour et le contre sans s'en apercevoir. •

Maimbourg , par exemple, qu'on a trop déprécié , et qui me paraît, en général, assez sage et impartial dans son Histoire de la décadence de l'empire , etc. , nous dit, en parlant de Grégoire VII : a S'il avait pu « s'aviser de faire quelque bon concordat avec l'em- « pereur, semblable à ceux qu'on a faits depuis fort (( utilement , il aurait épargné le sang de tant de mil- « lions d'hommes qui périrent dans la querelle des a investitures (2). »

Rien n'égale la folie de ce passage. Certes , il est aisé de dire dans le dix-septième siècle comment il aurait fallu faire un concordat dans le onzième avec des princes sans modération , sans foi et sans humanité.

Et que dire de ces tant de millions d'hommes sacrifiés à la querelle des investitures, qui ne dura que cinquante ans , et pour laquelle je ne crois pas qu'on ait versé une goutte de sang (3)?

(1) « Pendant quatre ou cinq siècles. » Lettres sur Thistoire. Paris, Nyon, 4805, lom. H, letl. XXVIII, p. 220. Note.

« Pendant près de quatre siècles. » Ibld. lettre XLI, p. 40G. Je m'en liens à la moyenne de quatre siècles.

(2) Maimbourg. A. 1085.

(5) La dispute commença avec Henri sur la simonie , l'empereur voulant mettre les bénéflces ecclésiastiques à l'encan , et faire de l'Église un fief relevant de sa couronne, et Grégoire VII voulant le con-

2Î>2 DU PAPK.

Mais si le préjugé national vient à sommeiller un instant chez le même auteur, la vérité lui échappera , et 11 nous dira sans détour, dans le même ouvrage :

(( Il ne faut pas croire que les deux factions se a fissent la guerre pour la religion.,. Ce n*étaientque (( la haine et l'ambition qui les animaient les uns « contre les autres pour s'entre-détruire (1). »

Les lecteurs qui n*ont lu que les livres bleus , ne sauraient s'arracher de la tête le préjugé que les guerres de cette époque eurent lieu à cause des excommunications, et que sans les excommunications on ne se serait pas battu. C'est la plus grande de toutes les erreurs. Je Tai dit plus haut, on se boitait avant , on se battait après, La paix n'est pas possible partout où la souveraineté n'est pas assurée. Or, elle ne l'était point alors. Nulle part elle ne durait assez pour se faire respecter. L'empire même, étant électif, n'inspirait point cette sorte de respect qui n'appartient qu'à l'hérédité. Les changements , les usurpations , les vœux outrés , les projets vastes » devaient être les idées à la mode , et réellement ces idées régnaient dans tous les esprits. La vile et abominable politique de Machiavel est infectée de cet esprit de brigandage; c'est la politique des coupegorges qui , dans le quinzième siècle encore , occupait une foule de grandes têtes. Elle n'a guère qu'un problème : Comment un assassin pourra-t-il en prévenir un autre? Il n'y avait pas alors en Allemagne et en Italie un seul souverain qui se crût propriétaire

Iraire. Quant aux investitures, on voit d'un côté la violence, et de l'autre une résistance pastorale plus ou moins malheureuse. Jamais le s mg n'a coulé pour crt objet.

(4) Maimbourg, Hist. de la décad. A. 43<7.

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