UVRR II, CHAPITRE XII
sûr de ses étais et qui ne convoitât ceux de son voisin. Pour comble de malheur, la souveraineté morcelée se livrait par lambeaux aux princes en état de Tacheter. Il n*y avait pas de château qui ne recelât un brigand ou le fils d'un brigand. La haine était dans tous les cœurs, et la triste habitude des grands crimes avait fait de lltalie entière un théâtre d'horreurs. Deux grandes factions que les Papes n'avaient nullement créées divisaient surtout ces belles contrées. «Les Guelfes, qui ne voulaient pas reconnaître Tempire, a se tenaient toujours du côté des Papes contre les a empereurs (1). ^ Les Papes étaient donc nécessairement Guelfes, et les Guelfes étaient nécessairement ennemis des antipapes, que les empereurs ne cessaient d'opposer aux Papes. Il arrivait donc nécessairement que ce parti était pris pour celui de l'orthodoxie ou du papisme (s'il est permis d'employer dans son acception simple un mot gâté parles sectaires). Muratori même, quoique très-impérial , appelle souvent dans ses annales d'Italie, peut-être sans y faire attention, les Guelfes et les Gibelins, des noms de catholiques et de schismatiques (2) ; mais, on le répète encore, les Papes n'avaient point fait les Guelfes. Tout homme de bonne foi, versé dans l'histoire de ces temps malheureux , sait que, dans un tel état de choses, le repos était impossible. Il n'y a rien de si injuste et rien à la fois de si déraisonnable que d'attribuer aux Papes des tempêtes politiques absolument inévitables, et dont ils atténuèrent au con^
(4) Maimbourg. A. 4317.
(2) La tegge caltolica.— La parle cattoUca.^La fazione de' seùmatieij e(«. , elc. (Murât. Ann. d'iulia, lom. VI, pag. 267, 26», 317, elc.)
traire assez souvent les effets par l'ascendant de leur autorité.
Il serait bien difficile, pour ne pas dire impossible, d'assigner, dans Thistoire de ces temps malheureux, une seule guerre directement et exclusivement produite par une excommunication. Ce mal venait le plus souvent s'ajouter à un autre , lorsqu'au milieu d'une guerre allumée déjà par là politique, les Papes se croyaient par quelque raison obligé de sévir.
L'époque de Henri IV et celle de Frédéric II sont les deux où Ton pourrait dire avec plus de fondement que l'excommunication enfanta la guerre; et cependant encore que de circonstances atténuantes tirées ou de l'inévitable force des circonstances, ou des plus insupportables provocations, ou del'indispensable nécessité de défendre l'Église, ou des précautions dont ils s'environnaient pour diminuer le mal (i) ! Qu'on retranche d'ailleurs de cette périodeque nous examinons, les temps où les Papes et les empereurs vécurent en bonne intelligence; ceux où leurs querelles demeurèrent desimpies querelles; ceux où l'empire se trouvait dépourvu de chefs dans ces interrègnes qui ne furent ni
(1) On voit, par exemple, que Grégoire VU ne se détermina contre Henri IV que lorsque le danger et les maux de l'Église lui parurent intolérables. On voit, de plus, qu'au lieu de le déclarer déchu, il âe contenta de le soumettre au jugement des électeurs allemands, et de leur mander de nommer un autre empereur s'ils le jugeaient à propos. En quoi, certes, il montrait de la modération, en partant des idées de ce siècle. Que si les électeurs venaient à se diviser et à produire une guerre, ce n'était point du lout ce que voulait le Pape. On dira : Qui veut la cause^ veut l'effet. Point du lout : si le premier moteur n'a pas le choix, et si rcffel dépend d'un agent libre qui fait mal en pouvant Taire bien. Je consens, au surplus, que tout ceci ne soit considéré que comme moyen d'atlénualion. Je n'aime pas mieux les raisonnements que les prétentions exagérées.
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courts ni rares pendant cette époque; ceux où les excommunicationsn'eurentaucune suite politique; ceux où le schisme de l'empire n'ayant pris son origine que dans la volonté des électeurs , sans aucune participation delà puissance spirituelle, les guerres lui demeu* raient parfaitement étrangères; ceux enfin où, n'ayant pu se dispenser de résister, les Papes ne répondaient plus de rien , nulle puissance ne devant répondre des suites coupables d'un acte légitime , et Ton verra à quoi se réduisent ceê quatre siècles de sang et de fanatisme imperturbablement cités à la charge des Souverains Pontifes.