LIVRE Ht, CHAPITRE Kl
dans notre siècle il a été blâmé pour cette assertion ; mais il eût mieux valu le comprendre que de le critiquer. Sa proposition est fondée sur Fhistoire entière, qui est la politique expérimentale, et sur la nature même de Thomme, qui a produit Thistoire.
Celui qui a suffisamment étudié cette triste nature, sait que l'homme en général, s'il est réduit à lui-même, est trop méchant pour être libre.
Que chacun examine Thomme dans son propre cœur, et il sentira que partout où la liberté civile appartiendra à tout le monde, il n*y aura plus moyen, sans quelques secours extraordinaires, de gouverner les hommes en corps de nation.
De là vient que l'esclavage a constamment été Tétât naturel d'une très-grande partie du genre humain, jusqu'à rétablissement du christianisme; et comme le bon sens universel sentait la nécessité de cet ordre de choses, jamais il ne fut combattu par les lois ni par le raisonnement.
Un grand poëte latin a mis une maxime terrible dans la bouche de César :
Le genbe humain est fait pour quelques hommes (4).
Cette maxime se présente sans doute , dans le sens que lui donne le poëte, sous un aspect machiavélique et choquant; mais sous un autre point de vue, elle est très-juste. Partout le très-petit nombre a mené le grand; car sans une aristocratie plus ou moins forte, la souveraineté ne Test plus assez.
Le nombre des hommes libres dans l'antiquité était de beaucoup inférieur à celui des esclaves. Athènes
(I) Humanum paucis vivil genut. Lucan, Phars.
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;)vait quarante mille esclaveset vingt mille citoyens (1). A Rome, qui comptait, vers la fin de la république, environ un million deux cent mille habitants , il y avait à peine deux mille propriétaires (2) , ce qui seul démontre Timmense quantité d'esclaves. Un seul individu en avait quelquefois plusieurs milliers à son service (3). On en vit une fois exécuter quatre cents d'une seule maison , en vertu de la loi épouvantable qui ordonnait à Rome que, lorsqu'un citoyen romain était tué chez lui, tous les esclaves qui habitaient sous le même toit fussent mis à mort (&.).
F.t lorsqu'il fut question de donner aux esclaves un habit particulier, le sénat s'y refusa , de peur qu'ils ne vinssent à se compter (5).
D'autres nations fourniraient à peu près les mêmes exemples, mais il faut abréger. Il serait d'ailleurs inutile de prouver longuement ce qui n'est Ignoré de personne , que Vunivers, jusqu'à l'époque du christianisme, a toujours été couvert d'esclaves ^ et que ja^ mais les sages n'ont blâmé cet usage. Cette proposition est inébranlable.
Mais enfin la loi divine parut sur la terre. Tout de suite elle s'empara du cœur de l'homme, et le changea d'une manière faite pour exciter l'admiration éternelle de tout véritable observateur. La Religion commença surtout à travailler sans relâche à l'abolition de l'esclavage *, chose qu'aucune autre religion ,
(1) Larcher, sur Hérodote, liv. 1, not. 258.
(2) Vix eue duo miliia hominum qui rem habeant. {CAc. de Orficiis, 11,31.)
(3) Juyen. stt. III, 440.
(4) Taeit. ann. XIV, 43. Les discours tenus sur ce sujet dans le sénat sont extrêmement curieux.
,5^ Adam'$ roman AnliquHie», in-8o, London, p. S5 et seq.