‹ Du pape (volume 3)Chapitre 142 sur 208 · LIVRE 111, ClUPITRE ll · texte numérisé non relu

LIVRE 111, ClUPITRE ll

aucun législateur, aucun philosophe n'avait jamais osé entreprendre ni même rêver. Le christianisme, qui agissait divinement , agissait par la même raison lentement; car toutes les opérations légitimes, de quelque genre qu*elles soient, se font toujours d'une manière insensible. Partout où se trouvent le bruit, le fracas, l'impétuosité, les destructions, etc. , on peut être sûr que c'est le crime ou la folie qui agit.

La Religion livra donc un combat continuel à l'esclavage, agissant tantôt ici et tantôt là , d'une manière ou d'une autre, mais sans jamais se lasser; et les souverains sentant, sans être encore en état de s'en rendre raison , que le sacerdoce les soulageait d'une partie de leurs peines et de leurs craintes, lui cédèrent insensiblement, et se prêtèrent à ses vues bienfaisantes.

« Enfin, en l'année 1167, le pape Alexandre III « déclara au nom du concile que tous les chrétiens de-- « valent être exempts de la servitude. Cette loi seule « doit rendre sa mémoire chère à tous les peuples, ainsi « que ses efforts pour soutenir la liberté de l'Italie, « doivent rendre son nom précieux aux Italiens. « C'est en vertu de cette loi que, longtemps après , « Louis le Hutin déclara que tous les serfs qui resc< taient encore en France devaient être affranchis.... « Cependant les hommes ne rentrèrent que par degrés « et très-difficilement dans leur droit naturel (!}. »

Sans doute que la mémoire du Pontife doit être

(I) Voltaire, Essai sur les mœurs, etc. ch. LXXXIII.— On voit ici Voltaire , entiché des rêveries de son siècle , nous citer le droit naturel de l'homme d la liberté. Je serais curieux de saToir comment il aurait établi le droit contre les Taits qui attestent invinciblement que Vefclavage est l'étal naturel d'une grande partie du genre humain^ Jusqu'à l'affranchissement surnaturbl.

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chère à tous les peuples. C'était bien à sa sublime qualité qu'appartenait légitimement Finitlative d'une telle déclaration ; mais observez qu'il ne prit la parole qu'au douzième siècle, et même il déclara plutôt le droit à la liberté que la liberté même. Il ne se permit ni violence , ni menaces : rien de ce qui se fait bien ne se fait vite.

Partout où règne une autre religion que la nôtre , l'esclavage est de droit, et partout où cette religion s'affaiblit, la nation devient, en proportion précise, moins susceptible de la liberté générale.

Nous venons de voir l'état social ébranlé jusque dans ses fondements , parce qu'il y avait trop de liberté en Europe, et qu'il n'y avait plus assez de religion. Il y aura encore d'autres commotions , et le bon ordre ne sera solidement affermi que lorsque l'esclavage ou la Religion sera rétablie.

Le gouvernement seul ne peut gouverner. C'est une maxime qui paraîtra d'autant plus incontestable qu'on la méditera davantage. Il a donc besoin , comme d'un ministre indispensable, ou de l'esclavage qui diminue le nombre des volontés agissantes dans l'état, ou de la force divine qui , par une espèce de greffe spirituelle, détruit l'âpreté naturelle de ces volontés, et les met en état d'agir ensemble sans se nuire.

Le Nouveau-Monde a donné un exemple qui complète la démonstration. Que n'ont pas fait les missionnaires catholiques , c'est-à-dire les envoyés du Pape, pour éteindre la servitude, pour consoler, pour rassainir, pour ennoblir l'espèce humaine dans ces vastes contrées?

Partout où on laissera faire cette puissance , elle opérera les mêmes effets. Mais que les nations qui la

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