‹ Du pape (volume 3)Chapitre 143 sur 208 · LIVRE III, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE II

méconnaissent ne s'avisent pas, fussent^elles même chrétiennes, d*abolir la servitude, si elle subsiste encore chez elles : une grande calamité politique serait infailliblement la suite de cette aveugle imprudence.

Mais que Ton ne s'imagine pas que TÉglise, ou le Pape, c'est tout un (1), n'ait, dans la guerre déclarée à la servitude, d'autre vue que le perfectionnement politique de l'homme. Pour cette puissance, il y a quelque chose de plus haut , c'est le perfectionnement de la morale, dont le raffinement politique n'est qu'une simple dérivation. Partout où règne la servitude il ne saurait y avoir de véritable morale , à cause de l'empire désordonné de l'homme sur la femme. Maîtresse de ses droits et de. ses actions, elle n*est déjà que trop faible contre les séductions qui l'environnent de toutes parts. Que sera-ce , lorsque sa volonté même ne peut la défendre? L'idée même de la résistance s'évanouira; le vice deviendra un devoir; et l'homme, graduellement avili par la facilité des plaisirs, ne saura plus s'élever au-dessus des mœurs de l'Asie.

M. Buchanan, que je citais tout à l'heure et de qui j'emprunte volontiers une nouvelle citation également juste et importante , a fort bien remarqué que dans tous les pays où le christianisme ne règne pas y on observe une certaine tendance à la dégradation des f émîmes (2).

Rien n'est plus évidemment vrai : il est possible même d'assigner la raison de cette dégradation, qui ne peut être combattue que par un principe surnaturel.

(1) Sup. liv. 1, p. 62.

(2) Chriitian Researches in Agia, etc. by the R. Claudiut Buchanan. DD. Londres, 18*2, p. 56.

Partout où notre sexe peut commander le vice , il ne saurait y avoir ni véritable morale, ni véritable dignité de mœurs. La femme, qui peut tout sur le cœur de Thomme, lui rend toute la perversité qu'elle en reçoit , et les nations croupissent dans ce cercle vicieux dont il est radicalement impossible qu'elles sortent par leurs propres forces.

Par une opération toute contraire et tout aussi naturelle, le moyen le plus efficace de perfectionner Thomme , c'est d'ennoblir et d'exalter la femme. C'est ce à quoi le christianisme seul travaille sans relâche avec un succès infaillible, susceptible seulement de plus et de moins, suivant le genre et la multiplicité des obstacles qui peuvent contrarier son action. Mais ce pouvoir immense et sacré du christianisme est nul, dès qu'il n'est pas concentré dans une main unique qui l'exerce et le fait valoir. Il en est du christianisme disséminé sur le globe, comme d'une nation qui n'a d'existence, d action, de pouvoir, de considération et de nom même, qu'en vertu de la souveraineté qui la représente et lui donne une personnalité morale parmi les peuples.

La femme est plus que Thomme redevable au christianisme. C'est de lui qu'elle tient toute sa dignité. La femme chrétienne est vraiment un être surnaturel, puisqu'elle est soulevée et maintenue par lui jusqu'à un état qui ne lui est pas naturel. Mais par quels services immenses elle paie cette espèce d'ennoblissement !

Ainsi le genre humain est naturellement en grande parlie serf, et ne peut être tiré de cet état que surnaturellement. Avec la servitude , point de morale proprement dite; sans le christianisme, point de libellé

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