LIVRE III, CHAPITRE II
générale; et sans le Pape, point de véritable christianisme , c*estrà-(lire point de christianisme opérateur, puissant 9 convertissant, régénérant, conquérant, perfectilisant. C'était donc au Souverain Pontife qu'il appartenait de proclamer la liberté universelle; Il Ta lait, et sa voix a retenti dans tout Tunivers. Lui seul rendit cette liberté possible en sa qualité de chef unique de cette Religion seule capable d'assouplir les volontés, et qui ne pouvait déployer toute sa puissance que par lui. Aujourd'hui il faudrait être aveugle pour ne pas voir que toutes les souverainetés s'affaiblissent en Europe. Elles perdent de tous côtés la confiance et Tamour. Les sectes et l'esprit particulier se multiplient d'une manière effrayante. Il faut purifier les volontés ou les enchaîner; il n'y a pas de milieu. Les princes dissidents qui ont la servitude chez eux , la conserveront ou périront. Les autres seront ramenés à la servitude ou à l'unité...
Mais qui me répond que je vivrai demain? Je veux donc écrire aujourd'hui une pensée qui me vient au sujet de l'esclavage, dussé-je même sortir de mon sujet, ce que je ne crois pas cependant.
Qu'est-ce que l'état religieux dans les contrées catholiques? C'est Tesclavage ennobli. A l'institution antique, utile en elle-même sous de nombreux rapports, cet état ajoute une foule d'avantages particuliers et la sépare de tous les abus. Au lieu d'avilir lliomme, le vœu de religion le sanctifie. Au lieu de l'asservir aux vices d'autrui , il l'en affranchit. En le soumettant à une personne de choix, il le déclare libre envers les autres avec qui il n'aura plus rien à démêler.
Toutes les fois qu'on peut amortir des volontés
â96 DU PAPE.
sans dégrader les sujets, on rend à la société un service sans prix, en déchargeant le gouvernement du soin de surveiller ces hommes, de les employer et surtout de les payer. Jamais il n'y eut d'idée plus heureuse que celle de réunir des citoyens pacifiques qui travaillent, prient, étudient, écrivent, font Taumône, cultivent la terre , et ne demandent rien à Tautorité.
Cette vérité est particulièrement sensible dans ce moment, où de tous côtés tous les hommes tombent en foule sur les bras du gouvernement, qui ne sait qu'en faire.
Une jeunesse impétueuse, innombrable, libre pour son malheur, avide de distinctions et de richesses , se précipite par essaims dans la carrière des emplois. Toutes les professions imaginables ont quatre ou cinq fois plus de candidats qu'il ne leur en faudrait. Vous ne trouverez pas un bureau en Europe où le nombre des employés n*ait triplé ou quadruplé depuis cinquante ans. On dit que les affaires ont s^ugmenté; mais ce sont les hommes qui créent les affaires, et trop d'hommes s'en mêlent. Tous à la fois s'élancent vers le pouvoir et les fonctions; ils forcent toutes les portes, et nécessitent la création de nouvelles places; il y a trop de liberté, trop de mouvement, trop de volontés déchaînées dans le monde. A quoi servent les religieux? ont dit tant d'imbéciles. Comment donc? Ëstrce qu'on ne peut servir l'état sans être revêtu d'une charge? et n'est-ce rien encore que le bienfait d'enchaîner les passions et de neutraliser les vices? Si Robespierre, au lieu d'être avocat, eût été capucin, on eût dit aussi de lui en le voyant passer : Bon Dieu! à quoi sert cet homme? Cent et cent écrivains