CHAPITRE III
Institution du sacerdoce. Célibat des prêtres.
TraditioM antiques.
Il n'y a pas de dogme dans l'Église catholique, il n'y a pas même d'usage général appartenant à la haute discipline , qui n'ait ses racines dans les dernières profondeurs de la nature humaine, et par conséquent dans quelque opinion universelle plus ou moins altérée çà et là, mais commune cependant, dans son principe , à tous les peuples de tous les temps.
Le développement de cette proposition fournirait
le sujet d*un ouvrage intéressant. Je ne m'écarterai pas sensiblement de mon sujet en donnant un seul exemple de cet accord merveilleux ; je choisirai la confession, uniquement pour me faire mieux comprendre.
Qu*y a-tril de plus naturel à l'homme que ce mouvement d'un cœur qui se penche vers un autre pour y verser un secret (1)? Le malheureux, déchiré par le remords ou par le chagrin , a besoin d*un ami , d'un confident qui Técoute, le console et quelquefois le dirige. L'estomac qui renferme un poison et qui entre de lui-môme en convulsion pour le rejeter , est l'image naturelle d'un cœur où le crime a versé ses poisons. Il souffre, il s'agite , il se contracte jusqu'à ce qu'il ait rencontré l'oreille de l'amitié ou du moins celle de la bienveillance.
Mais lorsque de la confidence nous passons à la confession et que l'aveu est fait à Tautorité, la conscience universelle reconnaît dans cette confession spontanée une force expiatrice et un mérite de grâce : il n'y a qu'un sentiment sur ce point depuis la mère qui interroge son enfant sur une porcelaine cassée , ou sur une sucrerie mangée contre l'ordre , jusqu'au juge qui interroge du haut de son tribunal le voleur et l'assassin.
Souvent le coupable, pressé par sa conscience, refuse l'impunité que lui promettait le silence. Je ne sais quel instinct mystérieux , plus fort même que celui de la conservation, lui fait chercher la peine qu'il pourrait éviter. Môme dans les cas où il ne peut craindre ni les témoins , ni la torture , il s'écrie : Oui ,
(i) Expression admirable de Bossuet (Oraison funèbre d*Benrictle d'Angleterre). La Harpe l'a justement vantée dans son Lycée.
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c'est moi 1 Et Ton pourrait citer des législations miséricordieuses qui confient dans ces sortes de cas, à de hauts magistrats, le pouvoir de tempérer les châtiments, même sans recourir au souverain.
a On ne saurait se dispenser de reconnaître dans le « simple aveu de nos fautes, indépendamment de « toute idée surnaturelle, quelque chose qui sertin- <i Animent à établir dans Fhomme la droiture de « cœur et la simplicité de conduite (1). » De plus, comme tout crime est de sa nature une raison pour en commettre un autre, tout aveu spontané est au contraire une raison pour se corriger; il sauve également le coupable du désespoir et de Tendurcissement, le crime ne pouvant séjourner dans Thomme sans le conduire à Tun et à l'autre de ces deux abtmes.
« Sa vez-vous, disait Sénëque, pourquoi nousca- (c chons nos vices? C'est que nous y sommes pion- (( gés; dès que nous les confesserons ^ nous guérite roos (â). 0
On croit entendre Salomon dire au coupable : a Celui qui cache ses crimes se perdra ; mais celui « qui les confesse et s'en retire , obtiendra miséria corde (3). »
Tous les législateurs du monde ont reconnu ces vérités et les ont tournées au profit de l'humanité.
(1) Berlhier, sur les Psaumes, tom. I, ps. XXXI.
(2) Quare sua vitia nemo confitetur ? quia in illit etiamnum est ; vitia sua eon/iteri sanilalis indicium est. Sen. EpisU mor. LUI.— Je ne crois pas que, dans nos livres de piété, on trouve, pour le choix d'un directeur, de meilleurs conseils que ceux qu'on peut lire dans Tépllre précédente de ce même Sénèque.
(3) Prov. XXVIII, 13.
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Motse est à la tête. Il établit dans ses lois une confession expresse et même publique (1).
L'antique législateur des Indes a dit : a Plus « l'homme qui a commis un péché s'en confesse yéc( ritablement et volontairement, et plus il sedébar- « rasse de ce péché , comme un serpent de sa vieille « peau (2). »
Les mêmes idées ayant agi de tous côtés et dans tous les temps , on a trouvé la confession chez tous les peuples qui avaient reçu les mystères éleusins. On Ta retrouvée au Pérou, chez les Brahmes, chez les Turcs, au Thibetetau Japon (3).
Sur ce point comme sur tous les autres , qu'a fait le christianisme? Il a révélé Thomme à Thomme ; il s'est emparé de ses inclinations , de ses croyances éternelles et universelles ; 11 a mis à découvert ces fondements antiques ; il les a débarrassés de toute souillure, de tout mélange étranger, il les a honorés de rempreinte divine; et sur ces bases naturelles, il a établi sa théorie surnaturelle de la pénitence et de la confession sacramentelle.
Ce que je dis de la pénitence , je pourrais le dire de tous les autres dogmes du christianisme catholique; mais c'est assez d'un exemple; et j'espère que, par cette espèce d'introduction, le lecteur se laissera conduire naturellement à ce qui va suivre.
(«j Lévil. V, 5, 15 eus ; VI, 6;Num. V, 6,7.
(2) 11 ajoute tout de suite : « Mais si le pécheur veut obtenir une « pleine rémission de son péché, qu'il évite surtout la rechute! ! ! » (Lois de Menu, fils de Brahma, dans les Œuvres du chevalier W. Jones, in-*o, tom. III, chap. XI, nos 64 et 235.
(5) CaWt, Letlere americane, tom. I. Lett. XIX.— Extrait des voyages d'Effremoff, dans le Journal du Nord. Saint-Pétersbourg, mai, 4807, no «8, p. 355.— Feller, Catéch. philosoph. l, III, no 501, etc., etc.