LITRB III, CHAPITRE III
C'est une opinion commune aux hommes de tous les temps, de tous les lieux et de toutes les religions, qu'il y a dans la CONTINENCE quelque chose de céleste qui exalte Vhomme et le rend agréable à la divinité ; que par une conséquence nécessaire , toute fonction sacerdotale ^ tout acte religieux f toute cérémonie sainte ^ s'ac^ corde peu ou ne s'accorde point avec le mariage.
Il n'y a point de législation dans le monde qui, sur ce point, n'ait gêné les prêtres de quelque manière, et qui même, à l'égard des autres hommes, n'ait accompagné les prières, les sacrifices , les cérémonies solennelles , de quelque abstinence de ce genre , et plus ou moins sévère.
Le prêtre hébreu ne pouvait pas épouser une femme répudiée , et le grand-prêtre ne pouvait pas même épouser une veuve (1). Le Talmud ajoute qu'il ne pouvait épouser deux femmes, quoique la polygamie fût permise au reste de la nation (2) ; et tous devaient être purs pour entrer dans le sanctuaire.
Les prêtres égyptiens n'avaient de même qu'une femme (3). L'hiérophante, «hez les Grecs, était obligé de garder le célibat et la plus rigoureuse continence (k).
Origène nous apprend de quel moyen se servait l'hiérophante pour se mettre en état de garder son vœu (5) , par où l'antiquité confessait expressément et l'importance capitale de la continence dans les
{{) Lévil. XXI,7, 9, !3.
(2) Talm. in Massechta Jona.
(5) Phil. apudP, Cunœum de Rep. Hebr. Elzévir, i6, p. «90.
(4) Potter's Greek ÀrUiquitiei^ tom, I, p. «85, 356. ~ Lettres sur Pbistoire, tom. II, p. 57«.
(5) Contra Celsum, cap. Vit, no 48. Vid. Diosc. fib. IV, cap. 79; Plin. Hiit. nat. lib. XXXV, cap. 15.
fonctions sacerdotales, et Timpuissance de la nature humaine réduite à ses propres forces.
Les prêtres , en Ethiopie comme en Egypte , étaient reclus et gardaient le célibat (1).
Et Virgile fait briller dans les champs Ëlysées
Le prêtre qui toujours garda la chasteté (2).
Les prétresses de Cérès, à Athènes, où les lois leur accordaient la plus haute importance, étaient choisies par le peuple, nourries aux dépens du public, consacrées pour toute la vie au culte de la déesse, et obligées de vivre dans la plus austère continence (3).
Voilà ce qu'on pensait dans tout le monde connu. Les siècles s'écoulent, et nous retrouvons les mêmes idées au Pérou (k).
Quel prix, quels honneurs tous les peuples de Tunivers n'ont-ils pas accordés à la virginité? Quoique le mariage soit l'état naturel de l'homme en général, et même un état saint, suivant une opinion tout aussi générale , cependant on voit constamment
(I) BryanVs Mytkology explained, in-4o, tom. I, p. 281 ; tom. III, p. 240, d'après Diodorc de Sicile. Porphyr. de ÀbtHn, lib, IV. p. 364.
(9) Quique sacerdotes easti dum vUa manebat. Virg. iEn. 664.
Heyne, qui sentait dans ce vers la condamnation formelle d'un dogme de Gottingue, l'accompagna d'une note charmante, a Gela s*en- « t^nd, dit-il, des prêtres qui se sont acquittés de leurs fonctiona « CASTE, PURE AC Pié (c'est-à-dire scrupuleusement) pendant leur vie. « Entendu de cette manibrey Virgile n'etl point répréhenrible. Ita hi- « HiL RST QUOD RBPRBHBNDAS. » (Lond. 4793, in-8o, tom. Il, p. 741.) Si donc on vient dire çtt*iin tel cordonnier, par exemple , e$t chaste ^ cola signifie , selon Heyne , qu^il fait bien les souliers. Ce qui soit dit sans manquer de respect à la mémoire de cet homme illustre.
(3) Lettres sur l'histoire, à l'endroit cité, p. 577.
(4) IsacerdoU nella seltimana del toro sertiiio ti aslenevano dalle mogli. (Carli, Lclt. amer. tom. I, liv. XIX.)