‹ Du pape (volume 3)Chapitre 149 sur 208 · LIVRE III, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE III

a que lui donnait la loi de se marier après trente ans c( d*e]œrcice , ces sortes de mariages n'étaient jamais a heureux (1)?»

Si de Rome la pensée se transporte à la Chine, elle y trouve des religieuses assujetties de même à la virginité. Leurs maisons sont ornées d'inscriptions qu'elles tiennent de l'empereur lui-même, lequel n'accorde cette prérogative qu'à celles qui sont restées vierges depuis quarante ans (2).

Il y a des religieux et des religieuses à la Chine, et il y en a chez les Mexicains (3). Quel accord entre des nations si différentes de mœurs, de caractère, de langue , de religion et de climat!

Après la virginité , c'est la viduité qui a joui partout du respect des hommes, et, ce qu'il y a de bien remarquable, c'est que, dans les nombreux éloges accordés à cet état par toutes sortes d'écrivains, on ne trouve pas qu'il soit jamais question de l'intérêt des enfants, qui est néanmoins évident.

On connaît l'opinion générale des Hébreux sur l'importance du mariage , et sur l'ignominie attachée à la stérilité ; on sait que , dans leurs idées, la première bénédiction était celle de la perpétuité des familles. Pourquoi donc, par exemple, ces grands éloges accordés à Judith , pour avoir joint la chasteté à la force , et passé cent cinq ans dans la maison de Manassé son époux, sans lui avoir donné de successeurs? Tout le peuple qu'elle a sauvé lui chante en chœur :

(1 ) Etti antiquitiit observatum infauttat ferè et parùm lœtahile» ea$ nupHas fuitte. (Jusl. Lips. Synlagma de Yest. cap. VI.) 11 est bon d'observer que Juste Lipse raconte ici sans douter.

(2) M. de Guignes, Voyage à Pékin, etc., in-8o, tom. 11, p. 279.

(5) Idem, tom. Il, p. 367, 568. — M. de Humboldl,Vue des Cordilières, etc., in-8o, Paris, 4816, tom. 1, p. 237, 238.

(t Vous êtes la joie et l'honneur de notre nation ; car « vous avez agi avec un courage mâle , et votre cœur n s*est affermi, parce que vous avez aimé la chasteté, <c et qu'après avoir perdu votre mari, vous n'avez « point voulu en épouser un autre (1). x>

Quoi donc! la femme qui se remarie pèche-t-elle contre la chasteté? Non , sans doute; mais si elle préfère la viduité, elle en sera louée à tous les moments de la durée et sur tous les points du globe, en dépit de tous les préjugés contraires.

La loi dans l'Inde exclut de la succession de ses collatéraux le fils issu du mariage d'une veuve. Chez les Hottentots , la femme qui se remarie est obligée de se couper un doigt.

Chez les Romains, même honneur à la viduité, même défaveur sur les secondes noces, après même que les anciennes mœurs avaient presque entièrement disparu. Nous voyons la veuve d'un empereur, recherchée par un autre, déclarer qu't^ serait $<m$ exemple et sans excuse qu'une femme de son nom et de son rang essayât d'un second mariage (2).

La Chine pense comme Rome. On y vénère l'honorable viduité, au point qu'on y rencontre une foule d'arcs de triomphe élevés pour conserver la mémoire des femmes qui étaient restées veuves (3).

L'estimable voyageur qui nous instruit de cet

(I) Judith, XV, 10, Il ; XVl, 96.

(•2) 11 8*agit ici de Valérie , veuve de Maximieii , que Maximin voufail épouser. Elle répondit : Nefoi eue illius nommis oe loei feminam sine more, iine exemple, mariium •lierwn expenri. (Lacl. de morte persec. cap. XXXIX.) Il serait fort inutile de dire : C'éUii un prétexte; puisque le prétexte même eût été pris dans les niœnrs et dans l'opinion. Or, il 8*agit précisément dei mcmn et de l'opinion.

(3) M. de Guignes, Voyage à Pékin, tom. Il, p. 183.

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usago , se répand ensuite en réflexions philosophiques sur ce qui lui paraît une grande contradiction de Tesprit humain : « Comment se Tait-il (ce sont ses tt paroles) que les Chinois, qui regardent comme « un malheur de mourir sans postérité, honorent en <c même temps le célibat des femmes? Comment (( concilier des idées aussi incompatibles? Mais tels « sont les hommes, etc. »

Hélas I il nous récite les litanies du dix-huitième siècle; difficilement on échappe à cette sorte de séduction. Il n*est pas du tout question ici des contra» dictions humaines, car il n*y en a point du tout. Les nations qui favorisent la population, et qui honorent la continence, sont parfaitement d'accord avec ellesmêmes et avec le bon sens.

Mais en faisant abstraction du problème de la population, qui a cessé d*être un problème, Je reviens au dogme étemel du genre humain : Que rien n'est plus agréable à la IHvinité que la continence; et que non-seulement toute fonction sacerdotale , comme nous avons vu, mais tout sacrifice, toute prière, tout acte religieux exigeait des préparations plus ou moins conformes à cette vertu. Telle était Topinion universelle de Tancien monde. Les navigateurs du quinzième siècle ayant doublé Tunivers , s*il est permis de s'exprimer ainsi , nous trouvâmes les mêmes opinions sur le nouvel hémisphère. Une idée commune à des nations si dilTérenteSy et qui n'ont jamais eu aucun point de contact, n'est-elle pas naturelle? n'appartient-elle pas nécessairement à l'essence spirituelle qui nous constitue ce que nous sommes? Où donc tous les hommes l'auraient-ils prise, si elle n'était pas innée (1 )?

(I) Ou révélée. Noie de Tédileur.

Et cette théorie paraîtra d'autant plus divine dans son principe, qu'elle contraste d'une manière plus frappante avec la morale pratique de Tantiquité corrompue jusqu'à l'excès , et qui entraînait l'homme dans tous les genres de désordres, sans avoir jamais pu effacer de son esprit des lois écrites en lettres divines (1).

Un savant géographe anglais a dit, au sujet des mœurs orientales : On fait peu de cas de la chasteté dans les pays orientaux (2). Or, ces mœurs orientales sont précisément les mœurs antiques, et seront éternellement les mœurs de tout pays non chrétien. Ceux qui les ont étudiées dans les auteurs classiques , et dans certains monuments de l'art qui nous restent, trouveront qu'il n'y a pas d'exagération dans cette assertion de Feller : Qu'un demi-siècle de paganisme présente infiniment plus d'eœcès énormes qu'on n'en trouverait dans toutes les monarchies chrétiennes depuis que le christianisme règne sur la terre (3) .

Et cependant , au milieu de cette profonde et universelle corruption , on voit surnager une vérité non ntoins universelle et tout à fait inexplicable avec un tel système de mœurs.

A Rome , et sous les empereurs , de grands personnages, Pollion et Agrippa, se disputent l'honneur de fournir une vestale à l'état. La fille de Pollion est préférée f UNIQUEMENT parce que sa mère n'avait jamais appartenu qu'au mêm^e époux, au lieu que Agrippa avait ALTÉRÉ sa maison par un divorce (4).

{*) Vpeift.ii.oLii eeoO (Orig. adv. Gels. lib. I, c. 5.)

(2) Pinkerson , lom. V de la irad. fr., p. 5. L'auteur trace dans ce texte la grande l;gne de démarcation entre TAlcoran et rÉvangile.

(3) Catéch. philos., lom. Hl, ch. VI, g 4.

(4) Prœlala est PoUionis fUia non ob aliud quàm q%bàd mater

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