LIVRE III, CUAPiTIlE III
je voyais dans le mien un intérêt tendre, une tristesse fraternelle, une compassion pleine de délicatesse et de révérence, enfin je ne sais quel sentiment indéfinissable que je ne trouvais pas à beaucoup près chez leurs propres frères.
Si les écrivains que j'ai cités au commencement de cet article s'étaient contentés d'affirmer que le clergé catholique aurait probablement évité de grands malheurs s'U avait été plus pénétré des devoirs de son état , je doute qu'ils eussent trouvé des contradicteurs parmi ce clergé même; car nul prêtre catholique ne se trouve au niveau de ses sublimes fonctions; toujours il croira qu'il lui manque quelque chose : mais en passant condamnation sur quelques relâchements, fruits inévitables d'une longue paix , il n'en est pas moins vrai que le clergé catholique demeure sans comparaison hors de pair pour la conduite comme pour la considération qui en est la suite. Celte considération est même si frappante , qu'elle ne peut être mise en question que par un aveuglement volontaire.
11 est heureux sans doute que l'expérience la plus magnifique soit venue de nos jours à l'appui d'une théorie incontestable en elle-même, et qu'après avoii démontré ce qui doit être , je puisse encore montrer ce qui est. Le clergé français, dispersé chez toutes^ les nations étrangères, quel spectacle n'a-t-il pas donné au monde? A l'aspect de ses vertus, que deviennent toutes les déclamations ennemies? Le prêtre français , libre de toute autorité , (Mivironné de séductions, souvent dans toute la force de l'âge et des
ment! Mais loul cela n'est qu'une chicane faite au clergé, qu'on n'aime pas.
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passions; poussé chez des nations étrangères à son austère discipline , et qui auraient applaudi à ce que nous aurions appelé des crimes, est cependant de«meuré invariablement fidèle à ses vœux. Quelle force Ta donc soutenu , et comment s'est-il montré constamment au-dessus des faiblesses de l'humanité? Il a conquis surtout l'estime de l'Angleterre, très-juste appréciatrice des talents et des vertus, comme elle eût été l'inexorable délatrice des moindres faiblesses. L'homme qui se présente pour entrer dans une maison anglaise, à titre de médecin, de chirurgien, d'instituteur, etc. , ne passe pas le seuil , s'il est célibataire. Une prudence ombrageuse se défie de tout homme dont les désirs n'ont pas d'objet fixe et légal. On dirait qu'elle ne croit pas à la résistance, tant elle redoute l'attaque. Le prêtre seul a pu échapper à cette soupçonneuse délicatesse : il est entré dans les maisons anglaises en vertu de ce même titre qui en aurait exclu d'autres hommes. Une opinion rancuneuse, âgée de trois siècles, n'a pu s'empêcher de croire à la sainteté du célibat religieux. La défiance s'est tranquillisée devant le caractère sacerdotal si grand, si frappant, si parfaitement inimitable (1), comme celui de la vérité dont il émane; et tel Anglais peut-être qui avait souvent parlé ou écrit d'après ses préjugés contre le célibat ecclésiastique, voyait sans crainte sa femme ou sa fille recevoir les leçons d'un prêtre catholique : tant la conscience est infaillible I tant elle s'embarrasse peu de ce que l'esprit imagine ou de ce que la bouche dit!
Les femmes même , vouées à ce même célibat , ont
(1) Expressions trés-coanues de Rousseau , à propos des caraétéres de vérité qui brillent dans l'Évangile,