UÉSUHË ET CONCLUSION DE CE LIVRE
tal n*ait les siens dans Tordre politique; mais Je propose sur ce point au bon sens européen deux réflexions qui m'ont toujours paru du plus grand poids.
La première est que ce gouvernement ne doit point être jugé en lui-même , mais dans son rapport avec le monde catholique. S'il est nécessaire, comme il Test évidemment, pour maintenir Tensemblfe et l'unité, pour faire, s*il est permis de s'exprimer ainsi, circuler le même sang dans les dernières veines d'un corps immense, toutes les imperfections qui résulteraient de cette espèce de théocratie romaine dans Tordre politique, ne doivent plus être considérées que comme Thumidité, par exemple, produite par une machine à vapeur dans le b&timent qui la renferme.
La seconde réflexion, c'est que le gouvernement des Papes est une monarchie semblable à toutes les autres , si on ne la considère simplement que comme gouvernement d'un seul. Or , quels maux ne résultent pas de la monarchie la mieux constituée? Tous les livres de morale regorgent de sarcasmes contre la cour et les courtisans. On ne tarit pas sur la duplicité, sur la perfidie, sur la corruption des gens de cour, et Voltaire ne pensait sûrement pas aux Papes, lorsqu'il s'écriait avec tant de décence :
0 sagesse du ciel ! je te crois très-profonde ; Mais à quels plats tyrans as-tu livré le monde (I)?
Cependant lorsqu'on a épuisé tous les genres de critique, et qu'on a jeté, comme il est juste, dans Tau-
(Ij 11 a dit, au contraire, en parlant de Rome moderne :
Les citoyens, en paix sagement gourernés,
Ne sont pins conquérants, et sont plus fortunés.
tre bassin de la balance tous les avantages de la monarchie, quel est enfin le dernier résultat? Ce$t le meilleur , le plus durable des gouvernements , et le plus iMturel à l'homme. Jugeons de même la cour romaine. C*est une monarchie, la seule forme de gouvernement possible pour régir TEglise catholique ; et quelle que soit la supériorité de cette monarchie sur les autres (1), il est impossible que les passions humaines ne s'agitent pas autour d'un foyer quelconque de puissance, et n'y laissent pas des preuves de leur action, qui n'empêchent point le gouvernement du Pape d'être U plus douce , la plus pacifique et la plus morale de toutes les monarchies, comme les maux bien plus grands, enfantés par la monarchie séculière, ne l'empêchent pas d'être le meilleur des gouvernements.
En terminant cette discussion , je déclare protester également contre toute espèce d'exagération. Que la puissance pontificale soit retenue dans ses Justes bornes; mais que ces bornes ne soient pas arrachées et déplacées au gré de la passion et de l'ignorance; qu'on ne vienne pas surtout alarmer l'opinion par de vaines terreurs : loin qu'il faille craindre dans ce moment les excès de la puissance spirituelle , c'est tout le contraire qu'il faut craindre , c'est-à-dire que les Papes manquent de la force nécessaire pour soulever le far-
(4) Le gouvernement du Pape est le seul dans Tunivers qui n*ait jamais eu de modèle, comme il ne doit jamais avoir d'imitation. C'est une monarchie élective dont le titulaire, toujours vieux et toujours célibataire, est élu par un petit nombre d'électeurs élus par ses prédécesseurs, tous célibataires comme lui, et choisis sans aucun égard nécessaire à la naissance, aux richesses, ni même é la patrie.
Si l'on examine attentivement cette forme de gouvernement, on trouvera qu'elle exclut les inconvénients de la monarchie élective sans perdre les avantages de la monarchie héréditaire.