CHAPITRE IV
Analogies tirées du pouvoir temporel.
Supposons que, dans un interrègne, le roi de France étant absent ou douteux, les états-généraux se fussent divisés d'opinion et bientôt de fait, en sorte qu'il y eût eu , par exemple, des états-généraux à Paris et d'autres à Lyon ou ailleurs, où serait la France? C'est la même question que la précédente , où serait l'Église? Et de part et d'autre il n'y a pas de réponse. Jusqu'à ce que le Pape ou le roi vienne dire Elle est
Otez la reine d'un essaim, vous aurez des abeilles tant qu'il vous plaira , mais de ruche , jamais.
Pour échapper à la comparaison si pressante , si lumineuse, si. décisive des assemblées nationales, les chicaneurs modernes ont objecté quil n'y a point de parité entre les conciles et les états-générauœ^ parce que ceuX'Ci n'avaient que le droit de représentation. Quel sophisme I quelle mauvaise foi! Comment ne voit-on pas qu'il s'agit ici d'états-généraux , qu'on suppose tels qu'on en a besoin pour le raisonnement ? Je n'entre donc point dans la question de savoir si de droit ils étaient co-législateurs; je les suppose tels, que manque-t-il à la comparaison ? Les conciles œcuméniques ne sont-ils pas des états-généraux ecclésiastiques , et les états-généraux ne sont-ils pas' des conciles œcuméniques civils? Ne sont-ils pas co-législateurs, par la supposition , jusqu'au moment où ils se séparent, sans l'être un instant après? Leur puissance, leur validité, leur existence morale et législatrice, ne dépendent-elles pas du souverain qui les préside? Ne
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deviennent-ils pas séditieux, séparéi, et par conséquent nuls du moment où ils agissent sans lui? Au moment où ils se séparent, la plénitude du pouvoir législatif ne se réunit-elle pas sur la tête du souverain? L'ordonnance deBlois, de Moulins, d'Orléans, fait-elle quelque tort à l'ordonnance de la marine , à celle des eaux et forêts , des substitutions , etc. ?
S'il y a une différence entre les états et les conciles généraux, elle est toute à l'avantage des premiers; car il peut y avoir des états-généraux au pied de la lettre, parce qu'ils ne se rapportent qu'à un seul empire, et que toutes les provinces y sont représentées, au lieu qu'un concile général, au pied de la lettre, est rigoureusement impossible, vu la multitude des souverainetés et les dimensions du globe terrestre, dont la superficie est notoirement égale à quatre grands cercles de trois mille lieues de diamètre.
Que si quelqu'un s'avisait de remarquer que les états-généraux n'étant pas permanents , ne pouvant être convoqués que par un supérieur, ne pouvant opiner qu'avec lui , et cessant d'exister à la derni^e session , il en résulte nécessairement , et sans autre considération , qu'ils ne sont pas co-législateurs dans toute la force du terme, je m'embarrasserais fort peu de répondre à celte objection; car il n'en demeurerait pas moins sûr que les états-généraux peuvent être infiniment utiles pendant qu'ils sont assemblés, et que, durant ce temps, le souverain législateur n'agit qu'avec eux.
Je serais bien le maître, cependant, de parler des' conciles aussi défavorablement qu'en a parlé saint Grégoire de Nazianze. Je n'ai jamais vu , disait ce grand et saint personnage, de concile rassemblé sans
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danger et sans inconvénient.,. Si je dois dire la vérité, j'évite , autant que je puis , les assenU>lées de prêtres et d'évêques; je n'en ai jamais vu finir une d'une manière heureuse et agréable , et qui n'ait servi plutôt à augmenter les maux qu'à les faire disparaître (1).
Mais je ne veux point pousser les choses trop loin, d'autant que le saint homme même que je viens de citer s'est expliqué , si je ne me trompe. Les conciles peuvent être utiles; ils seraient même de droit naturel quand ils ne seraient pas de droit ecclésiastique, n*y ayant rien de si naturel, en théorie surtout, que toute association humaine se rassemble comme elle peut se rassembler, c'est-à-dire par ses représentants présidés par un chef, pour faire des lois et veiller aux intérêts de la communauté. Je ne conteste nullement sur ce point; je dis seulement que le corps représentatif intermittent, s'il est surtout accidentel et non périodique , est, par la nature même des choses, partout et toujours inhabile à gouverner, et que, pendant ses sessions même , il n'a d'existence et de légitimité que par son chef.
Transportons en Angleterre la scission politique que j'ai supposée tout à l'heure en France. Divisons le parlement; où sera le véritable? Avec le roi. Que si la personne du roi était douteuse, il n'y aurait plus de parlement , mais seulement des assemblées qui chercheraient le roi; et, si elles ne pouvaient s'accorder, il y aurait guerre et anarchie. Faisons une supposition plus heureuse, et n'admettons qu'une assemblée; jamais elle ne sera parlement jusqu'à ce qu'elle ait trouvé le roi ; mais elle exercera licitement
(<} Greg. Na%, episL L}\ ad Procop. Ce texte est vulgaire.