‹ Du pape (volume 3)Chapitre 19 sur 208 · LIVRE I, CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE IT

tous les pouvoirs nécessaires pour arriver à ce grand but, car ces pouvoirs sont nécessaires, et par conséquent de droit naturel. Une nation ne pouvant s'assembler réellement, il faut bien qu'elle agisse par ses représentants. A toutes les époques d'anarchie , un certain nombre d'hommes s'empareront toujours du pouvoir pour arriver à un ordre quelconque; et si cette assemblée, en retenant le nom et les formes antiques, avait de plus l'assentiment de la nation, manifesté au moins par le silence , elle jouirait de toute la légitimité que ces circonstances malheureuses comportent.

Que si la monarchie , au lieu d'être héréditaire , était élective, et qu'il se trouvât plusieurs compétiteurs élus par différents partis , l'assemblée devrait , ou désigner le véritable, si elle trouvait en faveur de l'un d'eux des raisons évidentes de préférence , ou les déposer tous pour en élire un nouveau, si elle n'apercevait aucune de ces raisons décisives.

Mais c'est à quoi se bornerait sa puissance. Si elle se permettait de faire d'autres lois, le roi, d'abord après son accession, aurait droit de les rejeter; car les mots d'anarchie et de lois s'excluent réciproquement, et tout ce qui a été fait dans le premier état ne peut avoir qu'une valeur momentanée et de pure circonstance.

Que si le roi trouvait que plusieurs choses auraient été faites parlementairement , c'est-à-dire suivant les véritables principes de la constitution, il pourrait donner la sanction royale à ces différentes dispositions, qui deviendraient des Idis obligatoires, même pour le roi , qui se trouve , en cela surtout , image de Dieu sur la terre ; car, suivant la belle pensée de Sénè-

que, Dieu obéit à des lois, mais c'est lui qui les a faites.

Et c'est dans ce sens que la loi pourrait être dite au-dessus du roi, comme le concile est au-dessus du Pape , c'est-à-dire que ni le roi ni le Souverain Pontife ne peuvent revenir contre ce qui a été fait parlementairement et conciliairement , c'est-à-dire par euxmêmes en parlement et en concile , ce qui , loin d'affaiblir l'idée de la monarchie , la complète au contraire, et la porte à son plus haut degré de perfection , en excluant toute idée accessoire d'arbitraire ou de versatilité.

Hume a fiait sur le concile de Trente une réflexion brutale, qui mérite cependant d'être prise en considération : C'est le seul concile général , ditril , qu'on ait tenu dans un siècle véritablement éclairé et observateur; mais on ne doit point s'attendre à en voir un autre , jusqu'à ce que Vextinction du savoir et Vempire de Vignorance préparent de nouveau le genre humain à ces grandes impostures (1).

Si l'on ôte de ce morceau l'insulte et le ton de scurrilité (2) qui n'abandonnent jamais l'erreur (3),

(1) It it the orUy, gênerai council [of Trente), which hoê been held in an âge Iruly leamed and inquisiiive... No one expect to $ee anotkêr gênerai eouncil , till the decay of learning and the progrets of ignorance shall again fit mankind for thèse great impotturet. (Hume's Elisabeth, 4653, cb. XXXIX, noie K.)

(4) C'esl-à-dirc basse plaisanterie.

(3) C'est une observation que je recommande à l'attention de tous les penseurs. La vérité, en combattant Terreur, ne se fâche jamais. Dans la masse énorme des livres de nos controversistes, il faut regarder avec un miscroscope pour découvrir une vivacité échappée à la faiblesse humaine. Des hommes tels que Bellarmin, Bossuel, etc., ont pu combattre toute leur vie, sans se permettre, je ne dis pas une insulte, mais la plus légère personnalité. Les docteurs protestants partagent ce privilège, et méritent la même louange toutes les fois qu'ils com-

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