LIVRE I, CHAPITRE VI
Au quatrième siècle, le pape Anastase appelle tous les peuples chrétiens mes peuples, et toutes les Églises chrétiennes des membres de mon propre corps (1).
Et, quelques années après, le pape saint Célestin appelait ces mêmes Églises nos membres (2) .
Le pape saint Jules écrit aux partisans d'Ëusèbe : Ignorez-vous que Vusage est qu'on nous écrive d'abord , et qu'on décide ici ce qui est juste ?
Et quelques évèques orientaux , injustement dépossédés, ayant recourue ce Pape« qui les rétablit dans leurs sièges, ainsi que saint Athanase, Thistorien qui rapporte ce fait , observe que le soin de toute l'Eglise appartient au Pape , à cause de la dignité de son siège (3).
Vers le milieu du cinquième siècle , saint Léon dit au concile de Chalcédoine, en lui rappelant sa lettre à Flavien : // ne s'agit plus de discuter audacieusement, mais de croire , ma lettre à Flavien , d'heureuse mémoire, ayant pleinement et très-clairement décidé tout ce qui est de foi sur le mystère de l'incarnation (k-).
Et Dioscore, patriarche d'Alexandrie, ayant été précédemment condamné par le Saint-Siège , les légats ne voulant point permettre qu'il siégeât au rang des évéqués , en attendant le jugement du concile « déclarent aux commissaires de Tempereur que si Bios-
quàm dum sacbrdoti dei non obtemperatur, nec unus in Ëcclesiâ ad tempus judex viGb christi cogiialur. S. Gyp; Epist. LV.
(4) Epist. Anast. ad Joh. Hieron. apud Gonst. Epist. décret, in-rol. p. 759. — Voy. les Vies des S8. Irad. de l'ang. d*Albaii Butler, par M. l'abbé Godescard, in-S©, t. lit, p. 689.
(â) Ibid.
(5) Epist. rom. Pont. tom. I. Sozomènc, liv. III, c. 8.
(4) Unde ^ fratres chariiiimi , rejeclâpenilù^ audacid dispulandi contra fidem divinitùt impiratam, vana erranlium infideiitag con quiegcal, nec liceat defendi quod non iicet credi, etc.
core ne sort 'pas de l'assemblée , ils en sortiront euxmêmes [\),
Parmi les six cents évoques qui entendirent la lecture de cette lettre , aucune voix ne réclama ; et c'est de ce concile même que partent ces fameuses acclamations qui ont retenti dès lors dans toute TÉglise : Pierre a parlé par la bouche de Léon , Pierre est toujours vivant dans son siège.
Et dans ce même concile, Lucentius, légat du même Pape , disait : On a osé tenir un concile sans Vautorité du Saint-Siège, ce qui ne s'est jamais fait, et nest pas permis (2) .
C'est la répétition de ce que le pape Célestin disait peu de temps auparavant à ses légats partant pour le concile général d'Éphèse : Si les opinions sont divisées, souvenez-vous que vous êtes là pour juger, et non pour disputer (3).
Le Pape, comme on sait, avait convoqué lui-même le concile de Chalcédoine, au milieu du cinquième siècle; et cependant le vingt-huitième canon ayant» accordé la seconde place au siège patriarcal de Constantinople, saint Léon le rejeta. En vain l'empereur Marcien, l'impératrice Pulchérie et lepatriarche Anatolius lui adressent sur ce point les plus vives instances, le Pape demeure inflexible. Il dit que le troi-
(4 ) Si ergo prœcipit veslra magnificentia, aut ille egrediaiur, aut not eximus. Sacr. Conc., tom. lY.
(2) Fleury, hisl. eccl. lib. XXYIII, no 4l.~Fleury, qui travaillait à bâtons rompus, oublia ce texte et un autre tout semblable. (Liv. XU, no 40.) Et il nous dit hardiment, dans son IVe dise, sur Phist. ecclés. no 44 : Vous qui avez lu cette hitloire , t>oui n'y aioez rien vu de temhlahle. M. le docteur Marchetti prend la liberté de le citer lui-même à lui-même. (Crilica, etc., lom. 1, art. g I, p. 20 et 21.)
(5) Ad disputationcm si Tentuni fuerit , vos de eorum sententiis dtiudicare debclis, non subirc cerlamcn. (Voy. les actes du Conc.)