‹ Du pape (volume 3)Chapitre 39 sur 208 · LIVRE I, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE X

« est l'Eglise de Jésus-Christ (1) ; et dans une hymne « en l'honneur de ce même Clément, TÉglise russe « lui dit : Martyr de Jésus-Christ , disciple de Pierre, « tu imitas ses vertus divines, et te montras ainsi le a véritMe héritier de son trône (2). »

Quatrième siècle. — Elle dit au Pape saint Sylvestre : « Tues le chef du sacré concile ; tu as Ulustré a le trône du prince des apôtres (3) ; divin chef des « saints évéques , tu as confirmé la doctrine divine , tu u as fermé la bouche impie des hérétiques [k). »

Cinquième siècle. — Elle dit à saint Léon : « Quel « nom te donnerai-je aujourd'hui? Te nommerai-je le <( héraut merveilleux et le ferme appui de la vérité; le (( vénérable chef du suprême coneUe (5) ;le successeur au a trône suprême de saint Pierre ; l'héritier de l'invinci-- « ble Pierre et le successeur de son empire (6) ? »

Septième siècle. — Elle dit à saint Martin : Tu honoras le trône divin de Pierre , et c'est en maintenant « l'Eglise sur cette pierre inébranlable , que tu as illus" « tré ton nom (7) , très-glorieux maître de toute doc» a trine orthodoxe ; organe véridique des préceptes sa» « crés (8) , autour duquel se réunirent tout le sacerdoce

(1) MiNEiA MBSATCUNAIA. Office du 15 janvier. K<mdak (hymne), Stroph. II.

(2) UiNBi TCHETBiKi. GVst la Vie des Saints, par Demilri Ro8loftkt\ qui est un saint de l'Église russe (Moscou, 1815), 25 novembre. Vie de saint Clément, pape et martyr.

(5j MiNEiA MBSATCBMAiA, 29 novembre Hymne VIII, cp/AO^. (♦) Ibid. a janvier. S. Sylvestre, pape. Hymne II.

(5) Ibid. 48 février. S. Léon , pape. Hymne VIII. — Ibid. extrait du IVe dise, au concile de Chalcédoine.

(6) M»ria mesatchnaia, 48 février. Hymne VIII. — Strophes Ire

et Vile, tp/AOÇ.

(7) Ibid. U avril. Saint Martin, pape. Hymne Vlll. ip/j-Oi. [H) Prolog. 10 avril. SricniRi (Cfln<^^.), hymne VIJI.

« el toute l'orthodoxie 9 pour anathématiser Vhéré- « sie (1). »

Huitième siècle. — Dans la Vie de saint Grégoire II , un ange dit au saint Pontife : a Dieu t'a ap- « pelé pour que tu soisVévêque souverain de son Eglise y tt et le successeur de Pierre le prince des apôtres (2). »

Ailleurs, la même Église présente à Fadmirallon des fidèles la lettre de ce saint Pontife, écrivant à l'empereur Léon Tlsaurien, au sujet du culte des images : « C'est pourquoi nous, comme revêtus de 0 la puissance et de la souveraineté (godspodstvo) a de saint Pierre, nous vous défendons, etc. (3). «

Et dans le même recueil qui a fourni le texte précédent, on lit un passage de saint Théodore Studite, qui dit au Pape Léon HI (4) : ce 0 toi, pasteur suie prême de l'Église qui est sous le ciel, aide^nous « dans le dernier des dangers; remplis la place de « JésuS'Christ, Tends-nous une main protectrice « pour assister notre Église de Constantinople; monte tre-toi le successeur du premier Pontife de ton « nom. Il sévit contre l'hérésie d'Eutychès; sévis à M ton tour contre celle des Iconoclastes (5). Prête « l'oreille à nos prières, ô toi^ chef et prince de Vapos- « tolat , choisi de Dieu même pour être le pasteur « du troupeau parlant (6) ; car tu es réellement Pierre, c( puisque tu occupes et que tu fais briller le siège (( de Pierre. C'est à toi que Jésus-Christ a dit : Con-

(1) Prolog. U avril. Saint Martin, pape.

(2) MiNKi TCHBTiiEH 12 mars, Saint Grégoire, pape.

(3) SoBORNic. in-fol. Moscou , 1804. C'est un recueil do sermons et d'épîlres des Pères de TÉglise, adopté pour Tusage de l'ÉglIsse russe,

(4) C'est ce même Théodore Studile qui est cité plus haut.

(5) SoBORNic. Vie de saint Théodore Sludile. 11 nov.

(6) Vid. sup. 56.

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« firme tes frères. Voici donc le temps et le lieu d'exer- « cer tes droits; aide-nous, puisque Dieu t'en a <( donné ie pouvoir; car cest pour cela que tu es le « prir^e de tous (I). »

Non contente d'établir ainsi la doctrine catholique par les confessions les plus claires, TÉglise russe consent encore à citer des faits qui mettent dans tout son jour l'application de la doctrine.

Ainsi, par exemple, elle célèbre le pape saint Cèles tin , « qui , ferme par ses discours et par ses œuvres « dans la voie que lui avaient tracée les apôtres , déposa a Nestorius , patriarche de Constantinople , après avoir a mis à découvert dans ses lettres les hlasphèmes de cet « hérétique (2) ; »

Et le pape saint Agapet, (a qui déposa V hérétique « Antim4i , patriarche de Constantinople y lui dit ana- « thème , sacra ensuite Mennas , personnage d'une doc- « trine irréprochable , et le plaça sur le même siège de <c Constantinople (3); »

Et le pape saint Martin , a qui s'élança comme un a lion sur les impies ^ sépara de l'Église de Jésus- (( Christ Cyrus , patriarche d'Alexandrie ; Serge , pac( triarche de Constantinople; Pyrrhus et tous leurs « adhérents [k) ; c<

Si Ton demande comment une Église qui récite tous les jours de pareils témoignages, nie cependant avec obstination la suprématie du Pape , je réponds qu'on est mené aujourd'hui par ce qu'on a fait hier;

(1) SoBORNiG. Lettres de saint Théodore Sludite. Lib. lI,.Epist. XU.

(2) Prolog. 8 avril. Saint Céieslin, pape.

(3) Ibid. Saint Agapel, pape. — Article répété 25 août. Saint Mennas ( ou Minnas ), suivant la prononciation grecque moderne, reprcscnU'c par rorlhograplie slave.

(4) MiNRiAMRSATCiiNAïA. U avril. Saint Martin, pape.

qu'il n'est pas aisé d'effacer les liturgies antiques , et qu'on les suit par habitude , même en les contredisant par système; qu'enfin les préjugés à la fois les plus aveugles et les plus incurables , sont les préjugés religieux. Dans ce genre, on n'a droit de s'étonner de rien. Les témoignages , au reste , sont d'autant plus précieux, qu'ils frappent en même temps sur TÉglise grecque , mère de l'Église russe , qui n'est plus sa fille (1). Mais les rites et les livres liturgiques étant les mêmes , un homme passablement robuste perce aisément les deux Églises du même coup, quoiqu'elles ne se touchent plus.

(1) 11 est assez commun d'entendre confondre dans les conversations l'Église russe et l'Église grecque. Rien cependant n'est plus évidemment faux. La première fut i la vérité, dans son principe, province du patriarcat grec ; mais il lui est arrivé ce qui arrivera nécessairement à toute Église non catholique, qui, par la seule force des choses , flnira toujours par ne dépendre que de son souverain temporel On parle beaucoup de la iuprématie anglicane; cependant elle n'a rien de particulier à l'Angleterre ; car on ne citera pas une seule Église séparée qui ne soit pas sous la domination absolue de la puissance civile. Parmi les catholiques mêmes , n'avons-nous pas vu l'Église gallicane humiliée, entravée , asservie par les grandes magistratures, à mesure et en proportion juste de ce qu'elle se laissait follement émanciper envers la puissance pontificale? Il n'y a donc plus d'Église grecque hors de la Grèce ; et celle de Russie n'est pas plus grecque qu'elle n'est cophte ou arménienne. Elle est seule dans le monde chrétien, non moins étrangère au Pape qu'elle méconnaît, qu'au patriarche grec séparé, qui passerait pour un insensé s'il s'avisait d'envoyer un ordre quelconque à Saint-Pétersbourg. L'ombre même de toute coordination religieuse a disparu pour les Russes avec leur patriarche ; l'Eglise de ce grand peuple , entièrement isolée , n'a plus même de chef spirituel qui ait un nom dans l'histoire ecclésiastique. Quant au saint Synode , on doit professer, à l'égard de chacun de ses membres pris à part, toute la considération imaginable; mais on les contemplant en corps , on n'y voit plus que le consistoire national perfectionné par la présence d'un représentant civil du prince qui exerce précisément sur ce comité ecclésiastique la même suprématie que le Souverain exerce sur l'Église en général.

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On a VU, d'ailleurs, parmi la foule des témoignages accumulés dans les chapitres précédents, ceux qui concernent TÉglise grecque en particulier; sa soumission antique au Saint-Siège est au rang de ces faits historiques qu'il n'y a pas moyen de contester. Il y a même ceci de paiticulier, que le schisme des Grecs n'ayant point été une affaire de doctrine, mais de pur orgueil , ils ne cessèrent de rendre hommage à la suprématie du Souverain Pontife , c'est-à-dire de se condamner eux-mêmes jusqu'au moment où ils se séparèrent de lui , de manière que l'Église dissidente mourant à l'unité , Ta confessée néanmoins par ses derniers soupirs.

Ainsi, l'on vit Photius s'adresser au pape Nicolas !•', en 859, pour faire confirmer son élection; l'empereur Michel demander à ce même Pape des légats pour réformer l'Église de C. P. , et Photius luimême tâcher encore, après la mort d'Ignace, de séduire Jean VIII, pour en obtenir cette confirmation qui lui manquait (1).

Ainsi, le clergé deC. P. en corps recourait au pape Etienne, en 886, reconnaissait solennellement sa suprématie, et lui demandait, conjointement avec l'empereur Léon , une dispense pour le patriarche Etienne, frère de cet empereur, ordonné par un schismatique (2).

Ainsi l'empereur romain qui avait créé son fils Théophilacte patriarche à l'âge de seize ans , recourut

(1) Maimbourg. Hist. du schisme des Grecs, tom. I, liv. I, an 859. Ibid.Le Pape dit dans sa lettre : Qu'ayant le pouvoir et l'autorité de ditpemer det décrets des concileê et det Papes ses prédécesseurs , pour de justes raisons, etc. ( Joh. Epist. GXCIX, GC et GCU, tom. IX, conc. edit. Par. )

(3) Ibid. Liv. Ul, an 1054.

en 993 au pape Jean XII pour en obtenir les dispenses nécessaires, et lui demander en même temps que le pallium fût accordé par lui au patriarche, ou plutôt à rÉglise de C. P. , une fois pour toutes, sans qu'à l'avenir chaque patriarche fût obligé de le demander à son tour(l).

Ainsi, Tempereur Basile, en Tan 1019, envoyait encore des ambassadeurs au pape Jean XX , afm d'en obtenir, en faveur du patriarche de C. P. , le titre de patriarche œcuménique à l'égard de l'Orient, comme le Pape en jouissait sur toute la terre (2) .

Étrange contradiction de l'esprit humain! Les Grecs reconnaissaient la souveraineté du Pontife romain en lui demandant des grâces; puis ils se séparaient d'elle parce qu'elle leur résistait : c'était la reconnaître encore , et se confesser expressément rebelles en se déclarant indépendants.

Saint François de Sales terminera ce chapitre. Il eut Jadis Tingénieuse idée de réunir les différents titres que Tantiquité ecclésiastique a donnés aux Souverains Pontifes et à leur siège. Ce tableau est piquant, et ne peut manquer de faire une grande impression sur les bons esprits.

Le Pape est donc appelé :

Le très-saint Évêquc de l'Église catholique. Concile de Soissons, de 800 Evéqties. Le très-saint et très-heureaz Patriarche. Ibid., tom. VU. Concil. Le très-heureux Seigneur. S. Augtut. Epiât. 95. Le Patriarche universel. S. Lion, P. Epiât. 6i. Le Chef de TÉglise du monde. Jnnoc. ad PP. Concil. milevit. L'Éréque élevé au faite apostolique. S. Cypritn, Epiât. HI, XII. Le Père des Pères. Concile de Chalcéd. êets. III Le Souverain Pontife des Évèqnes. Idem, in prœf.

(1) Maimbourg. Liv. Itl, A. 933, p. 236.

(2) Ibid. p. 271.

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