‹ Du pape (volume 3)Chapitre 43 sur 208 · LIVRE I, CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XI

naient Texistence et la réalité des universaux, et qui ensanglantèrent plus d'une fois l'école dans leurs combats avec les nominaux , pour savoir si c'était Vhomme ou Vhumanité qui étudiait la dialectique , et qui donnait ou recevait des gourmades; mais ces réalistes qui accordaient Texistence aux universaux^ avaient au moins Fextréme bonté de ne pas Tôter aux individus. En soutenant, par exemple, la réalité de V éléphant abstrait, jamais ils ne l'ont chargé de nous fournir l'ivoire; toujours ils nous ont permis de le demander aux éléphants palpables que nous avions sous la main.

Les théologiens réalistes dont je parle sont plus hardis; ils dépouillent les individus des attributs dont ils parent Vuniversel; ils admettent la souveraineté d'une dynastie dont aucun membre n'est souverain.

Rien cependant n'est plus contraire que cette théorie au système divin (s'il est permis de s'exprimer ainsi) qui se manifeste dans l'ensemble de la religion. Dieu, qui nous a faits ce que nous sommes, Dieu qui nous a soumis au temps et à la matière , ne nous a pas livrés aux idées abstraites et aux chimères de l'imagination. Il a rendu son Église visible, afin que celui qui ne veut pas la voir soit inexcusable; sa grâce même, il l'a attachée à des signes sensibles. Qu'y a-t-il de plus divin que la rémission des péchés? Dieu, cependant, a voulu, pour ainsi dire, la matérialiser en faveur de l'homme. Le fanatisme ou l'enthousiasme ne sauraient se tromper eux-mêmes en se fiant aux mouvements intérieurs; il faut au coupable un tribunal , un juge et des paroles. La clémence divine doit être sensible pour lui, comme la justice d'un tribunal humain.

7î2 l>U PAPE.

Comment donc pourrait-^on croire que sur le point fondamental Dieu ait dérogé à ses lois les plus évidentes, les plus générales, les plus humaines? Il est bien aisé de dire : Il a plu au saint Esprit et à nous. Le quaker dit aussi qu'il a l'esprit , et les puritains de Cromwell le disaient de même. Ceux qui parlent au nom de TEsprit- Saint doivent le montrer; la colombe mystique ne vient point se reposer sur une pierre fantastique; ce n'est pas ce qu'elle nous a promis.

Que si quelques grands hommes ont consenti à se placer dans les rangs des inventeurs d'une dangereuse chimère, nous ne dérogerons point au respect qui leur est dû, en observant qu'ils ne peuvent déroger à la vérité.

11 y a , d'ailleurs, un caractère bien honorable pour eux , qui les discerne à jamais de leurs tristes collègues : c'est que ceux-ci ne posent un principe faux qu'en faveur de la révolte; au lieu que les autres, entraînés par des accidents humains, je ne saurais pas dire autrement, à soutenir le principe, refusent néanmoins d'en tirer les conséquences, et ne savent pas désobéir.

On ne saurait croire, du reste, dans quels embarras se jettent les partisans de la puissance abstraite , afin de lui donner la réalité dont elle a besoin pour agir. Le mot d'Eglise figure dans leurs écrits, comme celui de nation dans ceux des révolutionnaires français.

Je laisse à part les hommes obscurs , dont l'embarras n'embarrasse pas; mais qu'on lise, dans les nouveaux opuscules de Fleury, la conversation intéressante de Bossuet et de l'évêque do ïournay (Chio-

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