LIVRE I, CHAPITRE XI. ITy
seul-Praslin) , qui nous a été conservée par Fenélon (1) y on y verra comment Tévêque de Tournay pressait Bossuet, et le conduisait par force de Vindé-, fectibilité à Vinfaillibilité. Mais le grand homme avait résolu de ne choquer personne, et c'est dans ce système invariablement suivi que se trouve Torigine de ces angoisses pénibles qui versèrent tant d'amertume sur ses derniers Jours.
Il faut avoir le courage d'avoiîer qu'il est un peu fatigant avec ses canons auxquels 11 revient toujours.
Nos anciens docteurs , dit-il , ont tous reconnu d*une même voix dans la chaire de saint Pierre ( il se garde bien de dire dans la personne du Souverain Pontife) la plénitude de la puissance apostolique. C'est un point décidé et résolu. Fort bien, voilà le dogme. Mais, continue-t-il , Us demandent seulement quelle soit réglée dans son exercice par les canons (2).
Mais premièrement, les docteurs de Paris n'^ont pas plus de droit que d'autres d'exiger telle ou telle chose du Pape; ils sont sujets comme d'autres, et obligés comme d'autres de respecter ses décisions souveraines. Ils sont ce que sont tous les docteurs du monde catholique.
A qui en veut d'ailleurs Bossuet , et que signifie cette restriction, mais ils demandent, etc.? Depuis quand les Papes ont-ils prétendu gouverner sans lois? Le plus frénétique ennemi du Saint-Siège n'oserait pas nier, l'histoire à la main, que sur aucun trône de l'univers, il ait existé, compensation faite, plus de sagesse, plus de vertu et plus de science que
(I) Nouv. opusc. de Fleury. Paris, 4807, in-12, p. 446 et 199. (S) Serm. sur l'unité. Ile point.
sur celui des Souverains Pontifes (1). Pourquoi donc n'aurait-on pas autant et plus de confiance en cette souveraineté qu'en toutes les autres, qui jamais n'ont prétendu gouverner sans lois?
MaiSf dira-t-on sans doute, si le Pape venait à abuser de son pouvoir? C'est avec cette objection puérile qu'on embrouille la question et les consciences.
Et si la souveraineté temporelle abusait de son pouvoir, que ferait-on? C'est absolument la même question. On se crée des monstres pour les combattre. Lorsque l'autorité commande, il n'y a que trois partis à prendre : l'obéissance , la représentation et la révolte, qui se nomme hérésie dans l'ordre spirituel, et révolution dans l'ordre temporel. Une assez belle expérience vient de nous apprendre que les plus grands maux résultants de l'obéissance n'égalent pas la millième partie de ceux qui résultent de la révolte. Il y a d'ailleurs des raisons particulières en faveur du gouvernement des Papes. Comment veut-on que des hommes sages, prudents, réservés, expérimentés par nature et par nécessité, abusent du pouvoir spirituel, au point de causer des maux incura-
(1) « Le pape est ordinairement un homme de grand savoir et de « grande rertu , parvenu à la 'maturité de Tâge et de l'expérience , « qui a rarement ou vanité ou plaisir à satisfaire aux dépens de son « peuple, et n'est embarrassé ni de femme , ni d'enfants, etc.. .» (Addison, Suppl. aux voyages de Misson, p. 126.)
Et Gibbon convient, avec la même bonne foi, que « si l'on calcule de « sang-froid les avantages et les défauts du gouvernement ecclésias- « tique , on peut le louer, dans son élat actuel , comme une adminis- <c tration douce , décente et paisible , qui n'a pas à craindre les dan- « gers d'une minorité ou la fougue d'un jeune prince ; qui n'est point « minée parle luxe, et qui est affranchie des malheurs de la guerre. » (De la Décad., tome XIII, chap. LXX, p. 310.) Ces deux textes peuvent tenir lieu de tous les autres, et ne sauraient être contredits par aucun homme de bonne foi.