‹ Du pape (volume 3)Chapitre 45 sur 208 · LIVRE I, CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XI

bles? Les représentations sages et mesurées arrêteraient toujours les Papes qui auraient le malheur de se tromper. Nous venons d'entendre un protestant estimable avouer franchement qu'un recours Juste , fait aux Papes , et cependant méprisé par eux , était un phénomène inconnu dans Thistoire. Bossuet, proclamant la même vérité dans une occasion solennelle, confesse quU y a toujours eu quelque chose de patetnel dans le Saint-Siège (1).

Un peu plus haut il venait de dire : « Comme c'a toujours été la coutume de l'Eglise de France de proposer LES canons (2) , ça toujours été la coutume du Saint- Siège d'écouter volontiers de tels discours, »

Mais s'il y a toujours eu quelque chose de paternel dans le gouvernement du Saint-Siège , et si c'a toujours été sa coutume d'écouter volontiers les Eglises particulières qui lui demandent des canons , que signifient donc ces craintes, ces alarmes, ces restrictions, ce fatigant et interminable appel aux canons?

On ne comprendra jamais parfaitement le sermon si justement célèbre sur Yunitè de l'Eglise , si Ton ne se rappelle constamment le problème difflcile que Bossuet s'était proposé dans ce discours. Il voulait établir la doctrine catholique sur la suprématie romaine, sans choquer un auditoire exaspéré, qu'il estimait très-peu, et qu'il croyait trop capable de quelque folie solennelle. On pourrait désirer quelquefois plus de franchise dans ses expressions, si Ton perdait de vue un instant ce but général.

Que veut-il dire, par exemple, lorsqu'il nous dit ( ïl* point ) t La puissance qu'il faut reconnaître dans

(I) Sermon sur Tunité, lie point.

(%) C'est une distraction, lisez des canons.

le Saint-Siège est si haute et si éminente, si chère et si vénérable à tous les fidèles , quU n'y a rien atê-dessus de TOUTE l'Église catholique ensemble?

Voudrait-il nous dire, par hasard, que toute l'Église peut se trouver là où le Souverain Pontife ne se trouve pas? Il aurait avancé dans ce cas une théorie que son grand nom ne pourrait excuser. Admettez cette théorie insensée , et bientôt vous verrez disparaître Tunité en vertu du sermon sur l*unité. Ce mot d'Eglise séparée de son chef n'a point de sens. C'est le parlement d'Angleterre moins le rot.

Ce qu'on lit d'abord après sur le saint concile de Pise et sur le saint concile de Constance , explique trop clairement ce qui précède. C'est un grand malheur que tant de théologiens français se soient attachés à ce concile de Constance, pour embrouiller les idées les plus claires. Les jurisconsultes romains ont fort bien dit : Les lois ne s'embarrassent que de ce qui arrive souvent^ et non de ce qui arrive une fois. Un événement unique dans l'histoire de TÉgiise rendit son chef douteux pendant quarante ans. On dut faire ce qu'on n'avait jamais fait et ce que peut-être on ne fera jamais. L'empereur assembla les évoques au nombre de deux cents environ. C'était un conseil et non un concUe^ L'assemblée chercha à se donner l'autorité qui lui manquait, en levant toute incertitude sur la personne du Pape. Elle statua sur la foi : et pourquoi pas? Un concile de province peut statuer sur le dogme; et si le Saint-Siège l'approuve, la dé*cision est inébranlable. C'est ce qui est arrivé aux décisions du concile de Constance sur la foi. On a beaucoup répété que le Pape les avait approuvées : et pourquoi pas encore , si elles étaient justes? Les

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